J'écoute : Anouar Brahem, The Astounding Eyes of Rita
Je regarde : les visages, des peintures
Je lis : Les "Mémoires" de Saint Simon.
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : "Je ne cite pas"
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour jeudi 28 janvier 2010 à 18:50)

22/02/2009

22/02/09 - 19:16

"TERRE NATALE, AILLEURS COMMENCE ICI" A LA FONDATION CARTIER








Allé à la Fondation Cartier pour la première fois.

On m'en avait vanté l'architecture de Jean Nouvel. Arrivé devant le 261 boulevard Raspail, je fus d'abord saisi par les deux hauts murs de verre qui s'élèvent de part et d'autre d'un superbe conifère marquant l'entrée au milieu. Le bâtiment se présente un peu en retrait, tout aussi transparent.
Saisi d'abord par le geste architectural, - mais finalement ces murs m'ont semblé, malgré leur transparence, un peu m'as-tu-vu.

L'exposition (mais le mot ne convient guère en l'occurrence) s'intitule Terre natale - Ailleurs commence ici. Les réalisateurs en sont Raymond Depardon et Paul Virilio.
Un premier film de Raymond Depardon, Donner la parole , m'a impressionné. Il répond exactement au titre. Des individus d'Amérique du Sud, de Bretagne et d'Ethiopie parlent dans leur langue (le propos est sous-titré) de leur crainte de voir disparaître leurs ethnies, suite aux méfaits de la mondialisation. Chacun est placé frontalement devant la caméra et s'adresse à nous, - comme cette vieille femme kawesqar du Chili qui évoque le nomadisme passé des siens. Son visage ridé semble empreint de toute leur histoire, et d'une fatigue désespérée, perceptible lorsque son visage se détourne dans la faible lumière d'une fenêtre, pour regarder avec nostalgie au-dehors.
Autre visage poignant, et d'une extraordinaire beauté : un homme quetchua (?) parle de sa vie solitaire, avec quelques animaux, des difficultés à trouver sa nourriture … Malgré sa plainte sans véhémence, son visage est mobile, il ne cesse de sourire. Sourire non figé exprimant la dignité d'un être humain que des valeurs de civilisation (quelles qu'elles soient) ont façonné, - sourire d'une politesse tout humaine : le visage est rayonnant malgré le désespoir de l'individu.
Autre image : silencieuse, une jeune femme très droite au visage très beau, portant un fin voile sur la tête, tient en main une petite baguette et pousse doucement devant elle deux jeunes zébus, parmi les bêtes adultes du troupeau … Parfois, de la poussière se soulève …

Dans un autre film Le tour du monde en 14 jours , on voit (mais pas seulement) des hommes, des femmes, souvent pressés, le visage fermé, automates consultant sans cesse leurs portables, comme s'ils devaient compulsivement prendre connaissance des derniers ordres auxquels obéir. Visages sans ride, formatés, inexpressifs. Le peuple global des esclaves morts-vivants.

Au sous-sol, Ailleurs commence ici , sous la direction de Paul Virilio a pour thème "la grande mobilisation migratoire". La petite salle offre "une visualisation dynamique à 360° des migrations des populations et de leurs causes". Assis par terre, on se tord le cou à suivre la démonstration que déroule tout autour le globe terrestre. Le propos est économique et sociologique, précis. C'est sophistiqué, beau assurément. Mais on se demande si c'est bien différent de ce que devrait être une bonne émission de télé sur le sujet.

Puis j'ai marché jusqu'à Montparnasse, revoyant un café où j'avais eu il y a quelques années un échange d'une rare qualité …






commentaires

28/02/09 - 09:05

Tiens, j’y pense, et je me permets : n’est-ce pas en partie un cliché la mondialisation telle qu’elle est évoquée ? Du moins, cette exposition à l’autre bout du monde, à Paris, sur ces groupes, n’est-ce pas aussi de la mondialisation ? Les échanges au long-cours ne stimulent-ils pas certaines cultures en voie d’oubli avant eux (le cas breton, cité, en serait un exemple, confinant quelquefois au repli sur soi) ? Une uniformisation américanisante n’est-elle pas principalement portée par des succès économiques, davantage patents dans la seconde moitié du XXe siècle ? Mais, c'est vrai sur le fond, des langues et des cultures disparaissent.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13

Il faut se réserver une arrière-boutique, toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude.
Montaigne, Essais, I, 38