J'écoute : Anouar Brahem, The Astounding Eyes of Rita
Je regarde : les visages, des peintures
Je lis : Les "Mémoires" de Saint Simon.
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : "Je ne cite pas"
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour jeudi 28 janvier 2010 à 18:50)

29/11/2009

29/11/09 - 18:36

SUR UNE PHOTO








Je suis tombé sur cette photo, un autoportrait de Claude Lévi-Strauss en 1935, dans un magazine où elle illustrait un article consacré à l’anthropologue récemment disparu.

Aussitôt j’ai aimé cette photo : l’attention y est tout de suite captivée par le sérieux du visage, que soulignent les lunettes et la barbe fournie : sous d’ombreux sourcils, les yeux fixent l’objectif sans sourire, d’un air tranquille, sûr de soi, - mais dépourvu d’orgueil.

Son front est largement éclairé par le soleil. Ses cheveux courts, relevés devant, brillent un peu.

La chemise, légèrement froissée, a le col ouvert. L’homme tient dans sa main gauche relevée un tout petit singe, à la tête arrondie. Le petit animal s’agrippe à la chemise de l’homme, comme s’il voulait grimper sur son épaule.

Le punctum de cette photo (pour reprendre ce mot employé par Roland Barthes dans La Chambre claire ) - autrement dit ce qui me point , ce qui me touche au plus intime, est cet avant-bras nu levé, velu, que la main prolonge en un geste d’une élégance extraordinaire : par deux doigts réunis et le majeur écarté, l’homme tient avec tendresse contre son épaule le petit singe (qui semble friand de ce contact physique), - et penche à peine la tête à gauche pour l’accueillir dans son cou.

Image d’une tendresse magnifique pour l’Autre.



25/11/2009

25/11/09 - 17:41

MATIN ENSOLLEILLE (SUCCULENTES)









22/11/2009

15/11/2009

15/11/09 - 19:19

NOCTURNE AU LOUVRE (28 octobre 2009)








C’est dans la Salle des frères Le Nain que je remarquai sa présence. Il n’était pas grand, à peu près de ma taille, portait un pantalon et une veste sombres, une chemise blanche au col ouvert. Sa démarche me semblait décidée et parfois presque dansante. Son visage m’a tout de suite plu, avec sa barbe de deux ou trois jours et son nez plutôt aquilin, bien marqué. Il regardait avec attention les tableaux devant lesquels il s’arrêtait.
Un homme de trente-cinq ans environ.

Je m’attardais devant La Tabagie d’un des frères Le Nain, que m’avait tant vantée B., un correspondant du site, avec lequel j’avais de passionnants échanges sur la peinture et sur l’art il y a un an et demi. Sa brillante personnalité m’intriguait, il était d’un goût très sûr, d’une réflexion originale et solide. Il avait imaginé que le serviteur noir, debout derrière le jeune homme assis à la cape rouge et qui pose au grand seigneur fastueux, était peut-être un peu plus que son valet. Il trouvait aussi que le fumeur debout qui se retourne avec un regard presque méprisant vers le nègre, montrait plutôt de la fascination pour ce dernier, voire un désir refoulé … Quant aux deux autres à gauche, qui échangent un regard, quelque mystérieuse connivence me semblait les rapprocher.

Puis, je m’étais arrêté devantLe Repas des paysans , et devant La Forge .

Maintenant l’homme regardait La Tabagie.

Les salles étaient quasi désertes, on pouvait s’imaginer chez soi, savourant dans la solitude toute la beauté de ces peintures. Et cet homme déambulant lui aussi parmi ces mêmes salles, à cette heure tardive, ajoutait à mon plaisir, me suggérait quelque intimité avec lui, comme peut faire une communauté de goûts.

J’étais arrivé avant lui dans la salle des gigantesques compositions de Le Brun racontant l’Histoire d’Alexandre. Je l’avais vu entrer, puis s’arrêter et regarder attentivement ces peintures.

Plus loin, il s’était arrêté devant les Watteau, mais point devant les Natures mortes de Chardin, que j’aime tellement.

Le jeu continua assez longtemps. J’aurais désiré l’aborder, j’en étais incapable. J’aurais désiré lui adresser un sourire qui manifestât la connivence de notre déambulation, - erratique et silencieuse. J’aurais voulu trouver quelques paroles engageantes, j’en étais incapable. Je ne sais plus dans quelle salle, je crus surprendre son regard posé sur moi, aussitôt détourné, ce qui me laissa désappointé.

Je décidai de changer de direction, d’aller jusqu’à la Salle des Etats pour y revoir les Titien, les Tintoret, les Véronèse en passant par la Grande Galerie. Parvenu dans le Salon Carré, je fus surpris d’y trouver un grand Soulage, placé à côté de La Bataille de San Romano . Je m’assis, regardant le tableau en noirs et blancs, que j’estimai très convenable, très comme il faut : tout y est correctement calculé, les effets de symétrie et d’asymétrie, de matière avec le noir. C’est très décoratif, d’un goût impeccable, mais je n’y voyais rien d’inattendu ni de touchant.
L’homme avait dû continuer son chemin ailleurs.

J’arrivai dans la Salle des Etats, fis un tour et revins à droite, m’arrêtant devant le Portrait de la Belle Nani . J’admirais sa robe de velours outremer en contraste avec ses cheveux blonds et l’or et les perles de ses joyaux, quand je sentis une présence à ma gauche. Je me retournai : l’homme était là, regardant la Belle Nani.
Je me retourne, et dans la vitre protégeant le tableau rencontre son sourire …

Mais aucun regard ne fut adressé, rien ne fut dit.

Je le vis encore une fois par hasard (c’était incroyable) - venant dans ma direction tandis que j’allais vers le Jeune Homme au gant du Titien. Mais le tableau n’était pas là, probablement déplacé.

Rien n’avait eu lieu, je m’éloignai.







09/11/2009

09/11/09 - 18:25

PIETER DE HOOCH : LE DEVOIR D’UNE MERE c. 1658-1660
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Le tableau représente un moment de la vie quotidienne : dans son intérieur, une mère épouille son enfant.

Le regard est tout de suite attiré par la veste d’un rouge vif que porte la mère à droite. A sa méticuleuse attention « hygiénique » répond la docilité confiante de l’enfant accoudé dans son giron - dont la robe verte, caressée par la lumière, s’harmonise au rouge de la veste. Les deux personnages sont placés près d’un lit d’alcôve où, dans l’ombre, oreillers blancs et courtepointe sont rangés.

Le propos est moral, tout à fait conforme : une bonne ménagère doit mettre en ordre sa maison et veiller à la propreté du corps en tuant tout parasite (puce ou pou). L’hygiène, comme souci du corps, correspond au souci de la propreté morale, particulièrement vivace dans la société calviniste de l’époque.

La scène est donc concentrée à droite avec un éclairage qui, du haut d’une fenêtre latérale, verse obliquement une douce lumière qui touche le front et les doigts de la mère, et frappe d’un éclat doré le cuivre jaune d’une longue bassinoire, éclat doré contrastant avec l’un des rideaux sombres de l’alcôve contre quoi l’ustensile est suspendu.

Mais ce qui me touche le plus dans cette peinture n’est pas de ce côté là.

A gauche, en effet, dans une seconde pièce donnant par une porte à deux vantaux superposés sur un petit jardin où l’on aperçoit un arbre, et plus en arrière, un toit, - la lumière d’un jour ensoleillé entre et vient illuminer l’intérieur, éclairant d’abord le bois mat du vantail supérieur, ouvert dans la pièce.

De plus cette lumière découpe sur le sol carrelé un losange incomplet plus clair, et plus en avant perpendiculairement, se reflète sur la porte intérieure, qui brille.

Sur le rebord de la petite fenêtre intérieure en partie cachée par un rideau (et qui, dans l’espace, redouble l’ouverture quadrangulaire de l’alcôve) luit la transparence d’un carafon de vin.

Eclat plus subtil, des grains de lumière s’éparpillent sur les carreaux d’argile vernissés dans le prolongement de la porte ouverte.

Et même, le petit chien assis oreilles dressées (qui peut-être attend l’arrivée de quelqu’un) a quelques poils de sa silhouette illuminés. Tourné vers cette lumière qui vient resplendir dans la maison, il semble en goûter la douceur, et peut-être contemple-t-il la sereine beauté de ce moment, que l’art du peintre nous rend si précieux.



09/11/09 - 17:51

L’AGE D’OR DE LA PEINTURE HOLLANDAISE






Voir cette exposition à la Pinacothèque de Paris après Rivalités à Venise, c’est pénétrer dans un autre monde, au Nord, où la sensibilité aux ciels éphémères et changeants est exacerbée, tout comme la sensibilité aux scènes d’intérieur.
L’exposition, magnifique, présente un foisonnement d’œuvres qui montre l’imagination exubérante des artistes de cette époque : dessins, gouaches, aquarelles, huiles de tous formats, et toujours d’une qualité exceptionnelle.
Les plus grands noms sont là : entre autres, Rembrandt, magistral dans un lumineux Reniement de saint Pierre. Rembrandt (ou plus précisément l’Atelier de Rembrandt) étonnant avec La Décapitation de Jean-Baptiste, où le réalisme frise la trivialité (ne manque même pas le badaud qui veut être sur la photo !). Vermeer et sa Lettre d’amour, où l’on retrouve tout l’art du moment suspendu : le regard interrogateur, presque inquiet de la dame au cistre, levé vers la Servante au sourire réconfortant, un rien goguenard.
Et Pieter de Hooch avec un chef d’œuvre une scène d’intérieur qui m’a particulièrement touché : Le devoir d’une mère.


 

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13

Il faut se réserver une arrière-boutique, toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude.
Montaigne, Essais, I, 38