J'écoute : Anouar Brahem, The Astounding Eyes of Rita
Je regarde : les visages, des peintures
Je lis : Les "Mémoires" de Saint Simon.
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : "Je ne cite pas"
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour jeudi 28 janvier 2010 à 18:50)

07/05/2009

07/05/09 - 22:26

LUMIERE DE MAI (LE SOIR)






01/05/2009

01/05/09 - 11:43

PATRICE CHEREAU LIT COMA DE PIERRE GUYOTAT









Hier soir, fatigue. Je me sers un Martini blanc, avec quelques gouttes de citron, grignote des bretzels et des noix de cajou.

J'achève de dîner, j'écoute la radio, il est 20 heures, on annonce la lecture en direct de Coma par Patrice Chéreau au Théâtre de l'Odéon.

J'éprouve toujours un élan de sympathie pour Patrice Chéreau, quoi qu'il fasse, la mise en scène d'une pièce de théâtre, ou celle d'un film, - même si le spectacle finalement me déçoit.
C'est que je garde un souvenir attendrissant de l'une de ses premières mises en scène. C'était en 1967 à Nancy, au Festival de Théâtre Universitaire. Il y présentait Les Soldats , de Lenz. Le spectacle avait été éblouissant. Pour lui débutait une brillante carrière. Nous étions jeunes.

Donc j'écoute Chéreau lisant le texte de Pierre Guyotat, - plutôt par curiosité. Mais très vite toute mon attention est captivée par cette voix qui raconte des moments de terreur, de dépression profonde, d'intensité violente où le sujet se jette à corps perdu dans tout ce qui lui arrive.

C'est surtout la voix qui me retient, - d'abord humble, presque timide, puis prenant de l'assurance, passionnée, enfiévrée, et même puissante quand le lyrisme fait place à une emphase franchement épique. La ferveur de la voix exalte le texte, en révèle le foisonnement subtil. Guyotat raconte ce qu'il vit, surtout explore par la parole le vécu éphémère, atteint à la racine de ses sensations, par exemple quand il évoque l'agonie à l'hôpital d'une sœur de sa mère, ou le bruit de la clé qui l'enferme dans une grande chambre lors d'un internement, ou bien encore quand il se repaît du visage en sang d'un amant occasionnel, tombé à terre.

Le vécu rapporté me touche, j'envie cet homme capable d'explorer ce qu'il vit par la parole, - avec humilité, si douloureux, si effrayant que cela puisse être.

J'ai écouté jusqu'au bout cette lecture de Patrice Chéreau, j'avais conscience d'être arraché à la fatigue et au souci, et de vivre un moment exceptionnel.



 

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13

Il faut se réserver une arrière-boutique, toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude.
Montaigne, Essais, I, 38