J'écoute : Anouar Brahem, The Astounding Eyes of Rita
Je regarde : les visages, des peintures
Je lis : Les "Mémoires" de Saint Simon.
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : "Je ne cite pas"
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour jeudi 28 janvier 2010 à 18:50)

30/07/2008

30/07/08 - 17:55

TWORKI, UN ROMAN DE MAREK BIENCZYK








Un ami m'avait offert ce livre, accompagné d'une très gentille dédicace, comme nous nous étions retrouvés à Paris dans un café. J'avais été surpris et touché par le geste, d'autant plus qu'il était le traducteur de ce roman.

Mais je n'ai pas lu ce livre tout de suite, et j'avais une sorte de mauvaise conscience à contacter de nouveau cet ami sans pouvoir lui en parler. Cinq mois ont passé.

J'ai lu Tworki la semaine dernière. Il y avait longtemps que je n'avais éprouvé un tel bonheur de lecture. Ce roman est extraordinaire.

L'intrigue se déroule en Pologne à la fin de l'occupation de ce pays par l'Allemagne nazie, - dans un hôpital psychiatrique nommé Tworki, non loin de Varsovie.

Cet asile, dirigé par une administration allemande peu regardante quant à l'origine de son personnel, devient une sorte de refuge, où plusieurs personnages assez communs vont vivre des moments d'une rare intensité.

Le livre est bouleversant. Par ses phrases, par leurs rythmes, leurs mots, par son écriture très particulière en effet il nous fait éprouver les mouvements les plus intimes de la sensibilité des personnages.

La tragédie éclate dans les cinquante dernières pages, qui éclairent à rebours le sens du premier chapitre.

J'ai relu ces cinquante dernières pages, puis à nouveau le premier chapitre, - bouleversé par ce que vivent ces personnages, mais au-delà du livre, par ce qu'ont vécu tant d'individus dans le ghetto de Varsovie et au-dehors (je repense à l'admirable Pianiste de Polanski), et lors de l'insurrection de cette ville. Leur engagement à corps perdu est peu imaginable par ceux que nous sommes. Les pages qui l'évoquent m'ont fait pleurer.

La traduction, exceptionnelle, n'est pas étrangère à ces effets : le traducteur y fait véritablement œuvre d'écrivain, trouvant les inflexions propres à la langue française qui parviennent à rendre l'originalité et la mélodie de cette écriture (pour reprendre le mot qu'emploie Milan Kundera dans un article très intéressant sur ce livre lorsqu'il est sorti en 2006, - même si l'on peut regretter qu'il en dévoile trop l'intrigue).

J'ai fait part de mon enthousiasme à l'ami qui m'avait donné ce livre, et lui expliquais aussi pourquoi je ne l'avais pas recontacté.

Mais il ne m'a pas répondu.


commentaires

31/07/08 - 20:05

P S : reçu aujourd'hui un bon message de cet ami. J'en suis profondément heureux.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13

Il faut se réserver une arrière-boutique, toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude.
Montaigne, Essais, I, 38