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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

11/07/2008

11/07/08 - 19:45

TROIS GRAVURES DE JACQUES DE BELLANGE




Le Musée Georges de La Tour de Vic sur Seille (Moselle) présente actuellement vingt des quarante gravures que nous connaissons de Jacques de Bellange, - artiste lorrain né avant 1575, mort en 1616 (soit de la génération précédant Georges de La Tour).

L'artiste a travaillé pour la cour du Duc de Lorraine à partir de 1602, produisant décors et tableaux, - mais est connu surtout pour ses gravures qui sont d'une extravagance et d'une virtuosité surprenantes.

Influencé par le maniérisme du Nord, il développe assez vite un style hors du commun, constitué d'une très grande habileté, d'une intelligence des formes originale, d'une ingéniosité bizarre, - qui parfois par ses excès n'est pas sans friser le ridicule, comme ce saint Jean (c. 28 x16), frêle silhouette tout enveloppée d'une ample draperie qui semble naître des épaules mêmes, aux yeux globuleux las, à l'air niais, et qu'on prendrait pour Sagan essayant un déshabillé Yves Saint Laurent, n'était le calice d'où surgit un petit serpent, qui l'identifie comme le Disciple bien-aimé.





Cependant, si Bellange est capable d'une telle œuvre, il est aussi l'auteur de ce saint Paul (c. 28 x16), dont la stature majestueuse est remarquable. Celui que les graveurs ont souvent ajouté aux apôtres en raison de son prosélytisme zélé est solidement campé, la main gauche tenant la poignée de sa gigantesque épée, symbole de l'Esprit, tandis que l'avant-bras repose sur une branche de la garde. L'autre bras ébauche quelque éloquente envolée. La jambe droite se lève amorçant un pas, et déhanchant tout le corps. Le visage levé, yeux au ciel, semble recevoir l'inspiration divine. Cette puissante figure reprend les traits majeurs de celle de Moïse.








Le Martyre de sainte Lucie (?) est l'une des plus grandes gravures (41.1 x 34.8, Paris, Collection particulière) de cet artiste. Le maniérisme de Bellange (qui reprend peut-être ici l'une de ses peintures) y est particulièrement sensible, - par la puissante diagonale qui part du bas à droite (soulignée par le bras tendu du soldat) et aboutit à la statue païenne de Diane chasseresse, en passant par la martyre, dont la tête se renverse, un poignard planté dans la gorge, par la profusion tumultueuse des personnages et le goût marqué du détail pittoresque.

Ainsi les quatre figures tronquées de soldats au premier plan, - dont on ne voit que la tête, ou le buste, ou le tronc, dans des attitudes variées et toujours contorsionnées impulsent une puissante dynamique à la composition, contrastant avec un groupe de figures féminines compatissantes plus haut à gauche. Repoussée au second plan, la scène du martyre est située théâtralement en haut d'un escalier que gravit un soldat vu de dos, la main gauche sur la hanche, l'autre désignant la jeune femme suppliciée. On pourrait trouver provocante la superbe paire de fesses que "découvre" une "culotte" de bandes de cuir, portée à la manière des jeunes gens d'aujourd'hui. Ces fesses (comme ses mollets musclés) ne sont pas nues mais habillées de chausses, très moulantes certes. Le soldat porte aussi un mascaron entre les épaules, ornement figurant un grotesque ou une tête de lion que l'on retrouve fréquemment chez Bellange, sur les cuirasses (comme celles des soldats du premier plan) voire sur les guêtres des soldats.

Comme souvent, un personnage âgé, à proximité du sujet central, yeux baissés semble méditer, passant les doigts dans sa longue barbe (motif que l'on retrouvera dans le Moïse de Michel Ange). A droite de la statue de Diane s'ouvre un paysage connotant une ville du bassin méditerranéen, ici peut-être Syracuse où se déroule le martyre. Le lieu paraît vide, offrant au regard une plage claire contrastant avec la foule tumultueuse de la scène.


commentaires

19/07/08 - 00:18


Superbe, une fois encore ! Merci beaucoup, cher Apax.

Je suis épaté par le saint Paul. Je croyais que l'épée symbolisait non pas l'Esprit, mais la force de la parole dans la tradition chrétienne, comme dans l'Apocalypse, avec cette épée qui sort de la bouche de… de qui déjà ?… Dieu ou son fiston. Cela dit, c'est toujours une histoire de souffle, hein ? :-)

19/07/08 - 01:34

Son fiston, mais qui est un peu Lui aussi, non ?

19/07/08 - 23:03

C'est dans les plis du sommeil que tu enchantas ce soir que je vais me glisser comme dans un déshabillé de Saint Laurent

24/07/08 - 19:19

Au sujet de ces drapés impudiques qui font parler, n'est-ce pas le nombril qui ressort qui étonne le plus ? Curieuse facétie.

25/07/08 - 01:04

Le nombril, effectivement toujours indiqué, semble donner une sorte de "centre", d'"axe" à des corps qui pourraient paraître invertébrés.

25/07/08 - 16:35

Cette justification utilitaire est très judicieuse. N'en demeure pas moins un étonnement certain qui rejoint celui que vous évoquiez au sujet de la culotte de cuir. J'y vois pour ma part un soupçon d'iconoclasme.

25/07/08 - 23:56

Et bien, c'est joli !
Où ai-je vu que l'épée fut aussi l'intrument du supplice de saint Paul ?

26/07/08 - 01:12


Non mais qu'est-ce que vous allez chercher ? C'est pas un nombril, c'est une tache de ketchup.

D'ailleurs Paulo était rentré du Pax complètement saul, ce soir là.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13