VALSE AVEC BACHIR , d'Ari Folman.
Dans une lumière de crépuscule, des molosses de plus en plus nombreux foncent, babines retroussées sur leurs crocs, bousculant sur leur passage des tables de café ou des chaises qu'ils renversent. Ils foncent, effrayants.
C'est le cauchemar récurrent qu'un ancien soldat de la première guerre du Liban raconte à un camarade, Ari, le narrateur. Celui-ci se rend compte qu'il a presque tout oublié de son passé de soldat.
Il décidera de contacter d'anciens compagnons d'arme pour qu'ils lui racontent ce qu'ils ont vécu, et qu'il puisse reconstituer ce passé.
Ainsi le film est une sorte d'enquête dont le nœud est les massacres de Sabra et Chatila, - accomplis par les phalangistes chrétiens dans des camps de réfugiés palestiniens, avec le silence complice des autorités israéliennes. Ari (qui n'est autre que le réalisateur) se demande s'il était présent à Sabra et Chatila.
Je ne croyais pas que je pourrais être touché à ce point par les visages, les expressions, les gestes de personnages dessinés et animés (en particulier par leurs mouvements d'yeux). Le dessin semble ne retenir que l'essentiel des êtres, et curieusement leur donne une présence très vive.
L'évocation des lieux est également impressionnante : que ce soit Beyrouth et ses immeubles, la mer, ou la campagne. Là aussi le dessin animé parvient à procurer des sensations plus fortes qu'une caméra filmant la réalité, - presque oniriques.
Ce que les reportages ou d'autres films ont pu banaliser par leur "réalisme", le dessin animé le renouvelle, procurant au spectateur une perception plus intense des horreurs de la guerre : le char qui roule par les rues vides, agrippant et écrasant les voitures ou ébréchant les murs quand il doit tourner, vu d'en haut devient l'image de cette toute-puissance destructrice inéluctable.
Une scène revient plusieurs fois : dans l'eau trois garçons, nus, leurs armes à la main, avancent lentement vers le rivage barré d'une falaise d'immeubles modernes : Beyrouth. Ils semblent débarquer, mais leur maigreur, leur nudité et leur vague anxiété dénient tout héroïsme guerrier et font d'eux les figures fragiles d'hommes paumés, impuissants dans cette entreprise de déshumanisation qu'est toute guerre.
03/07/08 - 18:47
j'ai beaucoup aimé ce film aussi, à la fin de la séance, j'avais les larmes aux yeux et personne dans la salle ne sortait, j'en déduis que je n'étais pas le seul à être ému.
aime-le-maudit