C. D. FRIEDRICH : PAYSAGE AU CLAIR DE LUNE (c. 1817)
1
Vus de dos, deux hommes vêtus d'une pèlerine et coiffés d'un large béret se sont avancés vers la mer et arrêtés chacun sur un des rochers ronds qui émergent.
Ils regardent, - abîmés dans la contemplation de la mer et du ciel immense, qu'une vaste lueur blême éclaircit : la lune au loin se lève et, au-dessous, l'eau brasille à l'horizon.
Baignant dans cette lumière humide, leur sentiment intime s'ouvre : ils sont comme reliés aux éléments naturels, comme totalement absorbés dans une communion avide avec l'air, l'eau, la terre et le feu froid de la clarté lunaire.
2
Helmut Börsch-Supan interprète ces deux voyageurs comme l'incarnation de la condition humaine ici-bas. Ils contemplent la lune, qui par le renouvellement de ses phases évoque la mort et la résurrection du Christ, et par conséquent figure l'espoir de l'Eternité. Celui-ci s'appuie sur la Foi, symbolisée par les rochers à fleur d'eau sur lesquels les deux voyageurs se tiennent solidement debout.
Je prends en compte cette interprétation symbolique, dévoilement d'un sens que le peintre lui-même a donné plus ou moins consciemment à son tableau.
Mais tout autant, je n'y adhère pas ; elle me retient seulement comme un je-ne-sais-quoi de poétique qui enrichirait le sentiment éprouvé devant le tableau.
Est-ce de ma part une incapacité ? le résultat d'une réflexion critique ?
Tout se passe comme si je restais à distance de l'interprétation symbolique. Je ne la rejette pas, je la tiens à distance.
3
Le sentiment mystique, je l'ai connu très tôt dans la nature, lorsque enfant, avant de retourner en classe l'après-midi, je me rendais dans un terrain vague où sur un monticule, un églantier fleurissait. Là, dans une sorte d'exultation je saluais l'arbrisseau dont les souples branches m'offraient pour les humer leurs délicates et frêles inflorescences rose pale légèrement parfumées. Ce sentiment mystique était tout païen, joie exaltée dont l'expression jaculatoire pouvait être : "Comme c'est beau !"
Adolescent, - dans la touffeur des sous-bois en été, cette exclamation deviendrait enthousiaste éjaculation.
26/05/08 - 20:44
Peut-être - est-ce trop symétrique, pour une toile, jusqu'aux nuages, jusqu'aux personnages, que seul un léger déphasage, l'un plus avant que l'autre, différencie ?
badinou