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Je regarde : souvent une photo
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Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

27/04/2008

27/04/08 - 18:48

MALICIEUSE LOUISE BOURGEOIS







Louise Bourgeois, c'est d'abord une photo magnifique de Robert Mapplethorpe la montrant tenant sous son bras un énorme phallus, - qu'elle a baptisé Fillette (disant ainsi sa tendresse espiègle pour la chose) avec, sur son visage tout ridé de vieille dame, un malicieux sourire de gamine qui vient de faire une bonne farce.

Lorsque avant de voir l'exposition, à Beaubourg, je me suis arrêté pour regarder la vidéo de Camille Guichard avec Bernard Marcadé et Jerry Gorovoy (1993), j'ai tout de suite retrouvé cette malice de Louise Bourgeois, - composé d'intelligence, de lucidité, d'humour et de drôlerie … Et j'ai souvent ri à ce qu'elle racontait de son roman familial , ou disait de sa propre création.

L'exposition est d'une surprenante diversité. Dessins, peintures, sculptures (de bois, plâtre, marbre, bronze, tissu), installations renouvellent sans cesse notre intérêt. Les totems des années 50 (qui évoquent Brancusi) sont des personnages-fétiches qu'elle crée pour exorciser sa nostalgie d'exilée (elle part aux Etats-Unis où elle s'installe, en 1938), re-présentant ainsi (les faisant à nouveau présents) ses proches absents. A l'intérieur de ces étranges espaces clos que sont les Cells des années 90, elle met en scène symboliquement des lieux et des souvenirs de son enfance.







Parmi les poupées en textile (tissu éponge rose ou bleu, morceaux de tapisseries anciennes (rappelant l'atelier de restauration que possédait son père boulevard Saint Germain)), Three Horizontals (1998, 134.6 x 182.9 x 91.4) est certainement l'une de ses œuvres les plus impressionnantes : sur une sorte de présentoir métallique à trois niveaux, sont allongés trois corps mutilés sans bras, et pour le plus petit, difforme et sans tête. L'enveloppe corporelle constituée de pièces de tissu rose réunies par des coutures externes (qui évoquent d'innombrables cicatrices) laisse voir ça et là le rembourrage, comme si le tissu était déchiré ou la couture défaite - sortes de blessures mal refermées. Œuvre poignante qui parle de la misère physique, - autrement plus réelle, inventive et libre que toutes ces images aliénantes sur papier glacé qui exaltent la prétendue beauté de corps formatés.

La puissance de l'œuvre de Louise Bourgeois tient à son enracinement profond dans sa vie et dans son inconscient : pour cette artiste en effet, chaque œuvre naît de l'effort à extérioriser et à concrétiser une souffrance vécue, qui de cette façon sera apaisée ou plutôt comme elle dit elle-même réparée.

C'est pourquoi chaque œuvre touche le spectateur en le troublant par son caractère de nécessité intérieure : cette masse qui prend forme étrangement et dérange un peu d'abord est un symptôme mais élucidé, et réincorporé dans une matière concrète, - résolu dans ce qu'on ne peut pas ne pas appeler de l'art.





Le lendemain, passant par les Tuileries, j'ai reconnu de loin la gigantesque araignée qui sur ses hautes pattes fines semblait arpenter les pelouses. Silhouette impressionnante, - mais en rien menaçante, que Louise Bourgeois a nommée Maman !!! " Ma meilleure amie, dit-elle en effet, était ma mère, elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu'une araignée."





Retournement d'un cliché : l'araignée sournoise et venimeuse devient forme d'une fabuleuse élégance (celle de ces éléphants daliniens délirants montés sur de hautes pattes d'insecte) - immense et protectrice.



commentaires

28/04/08 - 01:23

tiens je l'ai vu cette aprem aux tuileries, elle est vraiment très belle et pourtant je deteste ces bestioles...

01/05/08 - 16:30

La malice, n'est-ce pas aussi la capacité à s'approprier le réel, à le voir à sa façon, faisant l'intérêt de créations ?
J'étais passé devant l'expo, et ayant un peu de temps, j'avais eu l'idée d'y entrer. Hélas, c'était un jour de fermeture. Une autre fois...

03/05/08 - 06:07

nous sommes allés voir l'expo comme par devoir. Jacky et moi sommes séduits par le discours de l'artiste et la vidéo dans le hall de l'expo est passionnante malheureusement l'oeuvre ne nous parle ni à l'un, ni à l'autre, aucune sensualité, rien de nostalgique qui transparait, des montages froids sans réelle connivence entre les objets, des marbres muets à la symbolique lourde, au résultat pataud, Louise Bourgeois, ça fait des années que nous passons à côté.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13