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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

09/03/2008

09/03/08 - 19:39

SOUTINE, UN EBLOUISSEMENT II : DE QUELQUES NATURES MORTES







Quand je regarde une oeuvre de Soutine, je saisis qu'il peint avant tout avec toute sa force, ce qui passe par ses mains, - avec toute son intelligence, ce qu'il a retenu de sa formation à Vilnius, mais surtout avec ce bouillonnement émotif qu'ont laissé en lui les toiles contemplées au Louvre, comme les Autoportraits de Rembrandt ou son Bœuf écorché, ou la Raie de Chardin.

Il peint avec ses tourments, - les souffrances physiques et les humiliations qu'il a subies durant son enfance dans le shtetl de Smilovitchi, - mais aussi avec cette violente énergie qui l'a aidé à surmonter le désespoir de ces moments, et la faim quand il arrive à Paris.

Il avait coupé les ponts avec son passé, il s'adonnait entièrement à la peinture. Et cette ardeur rougeoie comme de la braise dans toutes ses toiles.

Rien d'étonnant que le rouge embrase sa peinture : rouge de l'habit des Grooms, de la soutane des Enfants de Chœur, de la robe de certains modèles. Rouge aussi des tulipes ou des glaïeuls, ou des tomates qui se mêlent aux viscères de la Raie .






C'est surtout le rouge du sang qui coule, celui des tueries de toutes sortes, dont les animaux saignés peuvent être des métaphores, - ces Carcasses de bœufs ou ces quartiers de moutons, ce lapin écorché dont la chair irise sur une serviette blanche, ces Volailles pendues aux plumes ébouriffées, comme si les ailes s'agitaient dans une ultime convulsion, ou ce Dindon déplumé, aux deux pattes raides recroquevillées, qui semble se balancer, pendu : boucherie où l'être vivant a été mis à mort dans la violence.






Or si l'on regarde toutes ces chairs à vif, on reste ébloui par les rutilences de la peinture, ponctuations de rouge rubis, précieux filaments de vermillon, martelage de bleu de Prusse. Rien de décoratif dans tout cela : il s'agit pour Soutine de rendre ce qu'il voit. La richesse de son expressionnisme vient de son exigence à rendre le réel d'abord, mais c'est sa contemplation et son émotivité qui transfigurent toutes ces chairs mortes : leurs teintes s'embrasent, - deviennent flamboiements de pierres précieuses broyées, éclats de couleurs.





Comme si la fièvre et le travail acharné de l'artiste opéraient la rédemption de tout ce carnage.


commentaires

09/03/08 - 20:43

Merci !

10/03/08 - 00:36

C'est vrai que les reproductions rendent mal la réalité des oeuvres : outre ce qui est dit plus bas des couleurs, la façon de les déposer crée des volumes qu'on ne retrouve pas.

12/03/08 - 13:29

je suis déçu, il n'y a pas celle qui est à l'opposé des natures mortes que tu proposes,celle aux harengs : elle était au rez-de-chaussée; ne l'as tu pas vue ou photographiée?

13/03/08 - 00:34

J'ai vu cette oeuvre magnifique (très différente de celles dont je parle, en effet),mais je ne l'ai pas photographiée : ce que je regrette maintenant, car je n'en ai trouvé aucune reproduction sur le Net ...

Désolé, Patrick.

13/03/08 - 06:30

voilà où je t'espèrais Apax car je me suis dit que tu aurais eu ce courage de photographier, ce que je n'ose jamais faire normalement. pour l'anecdote qui n'intéressera personne que moi et son souvenir, dans les musées de Vienne, c'est presque le contraire qui se passe et partout, on circule appareil en main au point d'en être victime, j'ai ainsi pris cinquante clichés d'une expo consacrée à la peinture chinoise contemporaine, un bonheur.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13