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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

02/03/2008

02/03/08 - 19:08

SOUTINE, UN EBLOUISSEMENT I : DE QUELQUES PORTRAITS



On voit tout de suite que Soutine est un peintre visionnaire, comme Rembrandt, Van Gogh, ou Bacon : il sait voir, et sa vision s'exprime dans la peinture avec toute sa puissance intérieure.

Ce qui frappe, c'est la force des couleurs, leur raffinement, les rapports complexes qu'elles ont entre elles, et qui créent des tonalités uniques (c'est pourquoi les reproductions photographiques des tableaux de Soutine, hélas, n'ont pas grand-chose à voir avec la réalité de sa peinture).

Sa touche est d'une liberté absolue et d'une intelligence surprenante dans la saisie du réel, qu'il peigne les objets d'une nature morte, un lapin dépouillé, l'air agité d'un paysage.

Mais c'est sûrement dans la représentation de la figure humaine que son génie éclate. Dans l'Autoportrait au rideau (c. 1917, 72.5 x 53.5, Collection privée) on reste effaré devant la subtilité des touches colorées et leur précise répartition (rappelant Cézanne) qui construisent ce visage au regard de bête traquée.

Dans La Folle (c. 1919, 87 x 65.1, Collection privée) le corps de la femme semble se recroqueviller sur un concentré de bleus somptueux figurant sa robe et reliant son visage poignant (fait de fines petites touches de couleurs claires qui animent ses traits) aux deux mains naïvement posées sur les genoux.





La diversité créatrice de Soutine se manifeste dans un autre portrait de la même année, La Femme en vert (c. 1919, 73 x 54, Collection privée) en total contraste avec le précédent : l'artiste y saisit l'élégance, l'aisance de cette femme au vêtement moderne, sorte de pull à col ouvert et à la chevelure libre sous un petit chapeau noir. Comme pour les autres portraits, le fond est neutre, mais superbement travaillé de couleurs et de touches contrastées : à gauche des rouge-brun, à droite du vert réchauffé d'ocres.





Autant par l'empathie que par l'intelligence, Soutine saisit immédiatement la personnalité du sujet qu'il peint, - et la traduit avec l'éclat de ses couleurs et, tout comme Rembrandt, avec la vigueur de sa touche.

Bacon (qui avait une grande admiration pour Soutine) procédera assez semblablement dans ses portraits : c'est par la matière picturale, par le geste plus ou moins nerveux qui l'applique sur la toile, - c'est par la touche de son pinceau que l'artiste atteint à l'individualité du sujet et peut en donner une image.

On aperçoit la parenté de Bacon avec Soutine tout particulièrement dans Grotesque (c. 1922-23, 81 x 45, Musée d'Art moderne de la Ville de Paris) - un autoportrait bouleversant. J'ignore si le titre est de Soutine. Si c'était le cas, il exprimerait une autodérision qui ne me semble pas correspondre au tableau : certes, nulle complaisance dans ce nez énorme et cette lèvre inférieure proéminente. Pourtant, à y regarder de près, ce portrait n'a rien de caricatural : il s'en dégage une grande énergie. Sa mise en page est dynamique : le corps de côté semble pivoter, la tête se tournant aux trois quarts. Quant au visage, fermement structuré (les touches sont vigoureuses, les couleurs criantes) il exprime un regard tragique porté sur sa condition d'être humain, que transfigure sa force créatrice.





commentaires

02/03/08 - 23:19

les portraits certes mais - me répéterais-je -la nature morte aux harengs du rez de chaussée valait à elle seule la visite.

H, 50 ans, recherche photos de harengs fumés...j'ose pas demander à mon poisonnier l'autorisation de photographier son étal : samedi c'était une merveille, une rascasse belle comme un corail et un st-pierre gigantesque. j'appris l'occasion pourquoi ce poisson s'appelait ainsi, du nom du saint...

03/03/08 - 17:54

Tout à fait d'accord, Patrick, c'est pourquoi un article sur les natures mortes et les paysages est prévu.

03/03/08 - 20:04

Merci.

04/03/08 - 12:13

Une vision éblouie.
Soutine ou le soleil en face.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13