J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

08/02/2008

08/02/08 - 17:27

OU L'ON DECOUVRE (TARDIVEMENT) LOLITA






Dans un article du Monde des Livres de vendredi dernier, je m'étais attardé à cette citation de Georges Steiner (Les livres que je n'ai pas écrits, Gallimard) : Le sexe se parle et s'écoute, il n'existe dans le tissu humain aucun autre point de contact où fusionnent si étroitement les composants neurochimiques et ce que nous considérons comme les circuits de la conscience et de l'inconscient.
Et lisant cette page de Lolita (que je découvre avec enthousiasme) j'en trouve une illustration magnifique :

Rien ne pouvant plus désormais distraire cette béatitude ardente et profonde de la convulsion ultime vers laquelle elle s'acheminait, je sentis que je pouvais ralentir afin de prolonger la félicité. Lolita avait été définitivement solipsisée. Le soleil implicite palpitait dans les peupliers plantés là pour l'occasion ; nous étions fantastiquement et divinement seuls ; je l'observais, toute rose, pailletée d'or, qui se profilait derrière le voile de ma délectation maîtrisée dont elle demeurait inconsciente, étrangère, et le soleil jouait sur ses lèvres, et ses lèvres formaient encore apparemment les mots de la chansonnette Carmen-Barmen, lesquels ne parvenaient plus à franchir le seuil de ma conscience. Tout était prêt maintenant. Les nerfs du plaisir étaient désormais à vif. Les corpuscules de Kraus commençaient à entrer dans leur phase de frénésie. La moindre pression allait suffire à donner le branle au paradis tout entier. Je n'étais plus Humbert le Roquet, ce corniaud aux yeux tristes étreignant la botte qui allait bientôt le flanquer dehors. Je ne craignais plus les tribulations du ridicule, les contingences du châtiment. Dans ce sérail de mon cru, j'étais un Turc robuste et radieux, pleinement conscient de sa liberté, différant délibérément le moment de jouir enfin de la plus jeune et de la plus frêle de ses esclaves. Suspendu au bord de cet abîme de volupté (un chef-d'œuvre d'harmonie physiologique comparable à certaines techniques artistiques), je continuais de répéter au hasard certains mots après elle - barmen, alarmante, ma charmante, ma carmen, a-men, aha-ah-men - comme quelqu'un qui rit dans son sommeil, tandis que ma main ravie remontait lentement le long de sa jambe ensoleillée aussi loin que le permettait la décence. La veille, elle s'était cognée contre le gros coffre du vestibule et - "Regarde, regarde ! – soupirai-je - regarde ce que tu as fait, ce que tu t'es fait, ah, regarde" ; car il y avait, je le jure, une ecchymose violette et jaunâtre sur sa charmante cuisse de nymphette que mon énorme main velue massait et enveloppait lentement - et comme ses sous-vêtements étaient plutôt sommaires, rien ne pouvait plus empêcher mon pouce musclé d'atteindre le creux de son aine brûlante - comme quand on chatouille et caresse une enfant agitée d'un rire nerveux, - rien de plus - et elle s'écria : "oh, ce n'est rien du tout", avec soudain un accent strident dans la voix, et elle se démena, se contorsionna et rejeta la tête en arrière, ses dents effleurant sa lèvre inférieure luisante tandis qu'elle se détournait à demi, et alors, messieurs du jury, ma bouche gémissante toucha presque son cou nu tandis que j'écrasais contre sa fesse gauche le dernier spasme de l'extase la plus longue qu'ait connue homme ou monstre.

commentaires

11/03/08 - 10:56

Commentaire bien tardif, cher Apax : il vous reste à découvrir Feu pâle, la version gay de Lolita, si je me puis me permettre ce commentaire preste autant que réducteur. car, bien sûr, il y a bien d'autres abîmes qui attendent le lecteur.

08/04/08 - 00:36

Ah enfin, il était temps ;)

11/04/08 - 00:32

Tiens, il vous arrive de lire ce blog ?

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13