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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

23/01/2008

23/01/08 - 18:32

L'INSTANT N'EN FINIT PAS (II)













Plus loin, d'autres œuvres de Patrick Neu surprennent, - en total contraste avec la vanité du napperon brûlé : sur un immense mur blanc, douze ailes de papillon du Pérou aux couleurs précieuses ont été épinglées, non sans légèreté. Sur la poudre des ailes, azurée et mauve, irisée, l'artiste a reproduit à l'encre de Chine des figures d'anges (parmi lesquelles on reconnaît le Sourire de Reims ) - êtres encore plus fugaces sur ces ailes où le temps effacera leur tracé peu à peu, et dont la poudre si précieusement colorée, quand on y pense, n'est que poussière.

On pourrait croire que contrastent avec elles, - par leur compacité, leur dureté, leur poids, les deux armures de guerrier qui gisent sur le sol, brillantes : or leurs différentes pièces sont en cristal, jointes entre elles par des plumes blanches qui paraissent les alléger, - et même la transparence éclatante du matériau les réduit à n'être que de la lumière.
L'armure lourde, opaque, qui servait à se protéger des coups et des traits mortels, devenue transparente, légère et fragile est parfaitement inutile, vaine. Une parfaite vanité .







On voit une telle métamorphose de manière plus éclatante encore dans la dernière salle où l'artiste avait dressé une véritable colonne de verres dont certains étaient plus ou moins embués de noir de fumée pour former à l'intérieur comme le fantôme d'un satyre. Mais cet être ombreux, prisonnier de la frêle construction de cristal aura voulu profiter de la nuit pour s'enfuir puisque le lendemain on devait retrouver l'œuvre effondrée, - clair désordre " ici-bas chu d'un désastre obscur ".








Sur le mur au fond deux grandes ailes entièrement façonnées dans de la cire semblent figées dans leur chute. On pense à la légende d'Icare à qui son père, en assemblant des plumes avec de la cire, avait construit des ailes pour s'échapper du labyrinthe. On sait comment le jeune homme, emporté par son outrecuidance, s'approcha trop du soleil et, la cire ayant fondu, fut précipité dans la mer.

La catastrophe ici suggérée par ces deux ailes magnifiques semble un écho de l'élan brisé du satyre.







commentaires

23/01/08 - 18:41

ça fait penser aux oeuvres d'art imaginaires décrites dans les premiers écrits de Brussolo... (un char d'assaut en papier crépon, etc.)
ça me donne très envie d'aller voir l'expo !

23/01/08 - 18:58

En tout c'est franchement splendide!

23/01/08 - 18:59

ça me rappelle certaines oeuvres d'Anne et Patrick Poirier, gravées dans des pétales de fleurs

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13