J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

26/05/2008

26/05/08 - 18:17

C. D. FRIEDRICH : PAYSAGE AU CLAIR DE LUNE (c. 1817)







1


Vus de dos, deux hommes vêtus d'une pèlerine et coiffés d'un large béret se sont avancés vers la mer et arrêtés chacun sur un des rochers ronds qui émergent.

Ils regardent, - abîmés dans la contemplation de la mer et du ciel immense, qu'une vaste lueur blême éclaircit : la lune au loin se lève et, au-dessous, l'eau brasille à l'horizon.

Baignant dans cette lumière humide, leur sentiment intime s'ouvre : ils sont comme reliés aux éléments naturels, comme totalement absorbés dans une communion avide avec l'air, l'eau, la terre et le feu froid de la clarté lunaire.


2


Helmut Börsch-Supan interprète ces deux voyageurs comme l'incarnation de la condition humaine ici-bas. Ils contemplent la lune, qui par le renouvellement de ses phases évoque la mort et la résurrection du Christ, et par conséquent figure l'espoir de l'Eternité. Celui-ci s'appuie sur la Foi, symbolisée par les rochers à fleur d'eau sur lesquels les deux voyageurs se tiennent solidement debout.

Je prends en compte cette interprétation symbolique, dévoilement d'un sens que le peintre lui-même a donné plus ou moins consciemment à son tableau.

Mais tout autant, je n'y adhère pas ; elle me retient seulement comme un je-ne-sais-quoi de poétique qui enrichirait le sentiment éprouvé devant le tableau.
Est-ce de ma part une incapacité ? le résultat d'une réflexion critique ?
Tout se passe comme si je restais à distance de l'interprétation symbolique. Je ne la rejette pas, je la tiens à distance.


3


Le sentiment mystique, je l'ai connu très tôt dans la nature, lorsque enfant, avant de retourner en classe l'après-midi, je me rendais dans un terrain vague où sur un monticule, un églantier fleurissait. Là, dans une sorte d'exultation je saluais l'arbrisseau dont les souples branches m'offraient pour les humer leurs délicates et frêles inflorescences rose pale légèrement parfumées. Ce sentiment mystique était tout païen, joie exaltée dont l'expression jaculatoire pouvait être : "Comme c'est beau !"

Adolescent, - dans la touffeur des sous-bois en été, cette exclamation deviendrait enthousiaste éjaculation.


23/05/2008

23/05/08 - 18:11

LOINTAINS, SURTOUT LE SOIR : C. D. FRIEDRICH (1774-1840)







1


Les lointains dans la peinture de Caspar David Friedrich, éveillent toujours en moi ce sentiment de parfaite harmonie que l'on a devant un paysage baignant dans la lumière d'un soir d'été.

Et dans cette vision se condensent les souvenirs de lieux réels aperçus au moment où, rassasiés des découvertes du jour, les voyageurs songent à choisir un lieu où s'arrêter pour dormir et dîner, - temps heureux de l'étape, où ils vont pouvoir échanger leurs impressions en sirotant quelques verres d'un vin blanc bien frais, apporté dans une carafe embuée.

C'est ainsi qu'au détour d'une petite route en Ombrie j'avais découvert un soir la ville d'Orvieto. La lumière rasante du soleil couchant n'éclairait plus que la ville, perchée sur l'ancien volcan qui lui sert de socle. A ses pieds, l'ample vallée autour baignait déjà dans l'ombre et seuls émergeaient, touchés par la lumière dorée pour quelques instants encore, des toits roses, de hautes tours carrées, et le fronton blanc de la cathédrale.



2



C'est à la Kunsthalle de Hambourg (au retour d'un bref séjour chez des amis non loin de Kiel) que j'avais vu les Prairies de Greifswald (1821-22, 35 x 48.9) de C. D. Friedrich. La sereine beauté de cette petite peinture m'avait ravi : à l'horizon, dans la longue silhouette bleutée de la ville se découpant au loin sur le ciel limpide, je détaillais successivement, un peu à l'écart à gauche quelques moulins à vent, les tours plus ou moins élancées de trois églises, presque au milieu le clocheton surmontant l'hôtel de ville, et devant celui-ci une porte fortifiée.

Au-devant, de vastes prairies s'étendent, où l'on aperçoit l'étroit miroir d'un petit étang, un semis de points blancs figurant des troupeaux d'oies, et suggérant la profondeur de l'espace, trois groupes de quelques chevaux. Deux des plus proches bondissent et s'ébrouent, exultant.
Au premier plan, et comme marquant le seuil de ce paysage idyllique, le terrain forme un repli plus sombre, bordé de buissons et d'ombellifères.



3



C. D. Friedrich est un peintre mystique, habité par un sentiment religieux, et qui projette sur la nature (observée au plus près dans ses diverses manifestations, que ce soit les arbres et les plantes, les formations géologiques ou les phénomènes atmosphériques) des images de la destinée humaine. Ainsi le premier plan, lieu âpre et sombre, représenterait la réalité de notre monde, opposé aux vertes prairies et à Greifswald au loin, - lesquels, baignant dans une lumière limpide, figureraient ainsi le paradis.



4







Quelques années auparavant (vers 1817), le peintre avait représenté la ville natale de ses quatre grands-parents, Neubrandenbourg, où il fit étape lors de plusieurs voyages. Le tableau est encore plus empreint du sentiment mystérieux qui nous saisit devant un paysage que le couchant dans sa gloire illumine et dore.
Deux voyageurs apercevant leur but s'arrêtent, et levant la tête contemplent la ville qui se découpe sur un ciel magnifique. Plus haut, et comme appartenant au premier plan où ils se trouvent arrêtés, - sombre terrain broussailleux encombré d'un tumulus (symbolisant la mort dans le monde païen), les ténèbres de la nuit semblent s'ouvrir sur l'au-delà, - le paradis, symbolisé par la ville et surtout l'église dont la flèche gothique s'élance dans le ciel. Quelques nues s'y rassemblent à l'horizon comme pour s'anéantir dans l'or lumineux du couchant.

Vision mystique, vision romantique aussi : la tenue des voyageurs et le vol d'oiseaux migrateurs traversant le ciel suggèrent l'atmosphère mélancolique d'un soir d'automne, qu'embrase pourtant une clarté radieuse.


09/05/2008

09/05/08 - 18:59

LOINTAIN CLOCHER (MILLET : L'ANGELUS ) - Pour B.








1



La première œuvre d'art (alors non perçue comme telle) que j'ai contemplée fut L'Angelus de Millet.

Lorsque j'étais enfant, au petit-déjeuner ma mère me servait mon café au lait dans un bol orné d'une petite reproduction en rond de L'Angelus .

Chaque jour cette image suscitait en moi une intense rêverie : je me rappelais le mois d'été que je passais alors (et passerai jusqu'à 17 ans) chez ma grand-tante, d'abord seul, puis avec ma famille dans un petit village de la Meuse.

Pendant longtemps ce fut le seul lieu que j'aie connu un peu éloigné de là où j'habitais. Les maisons ni l'église n'avaient de charme (presque toutes avaient été détruites puis rebâties rapidement après la première guerre mondiale), je ne m'en rendais pas compte alors. Mais l'étang de Lachaussée, qui s'étendait largement à une centaine de mètres de la maison, la plaine à perte de vue à l'Est, à l'Ouest les parcs et les forêts, et se découpant le soir sur le ciel les côtes de Meuse, - tout cet espace, je me l'appropriais, par l'imagination pour les lointains, par mes errances à travers les prés et les bois, où me ravissaient au détour d'un chemin la découverte d'un étang isolé, l'envol lourd d'un héron cendré ... Ces longues promenades exaltaient ma sensibilité. Il m'est arrivé plusieurs fois d'aller par les bois jusqu'au pied des côtes (soit une douzaine de kilomètres), à Hattonville, où demeurait mon autre grand-tante. Le retour en fin d'après-midi lorsque la lumière est plus douce, et baissant, éclaire plus profondément les feuillages du sous-bois, m'emplissait d'une joie profonde.

On arrivait à H. par le car, qui nous laissait au bord de la route à 1 km 300 du village. Mon grand-oncle ou mon grand-père venait nous accueillir, accompagné d'une carriole à quatre roues cerclées de fer (où chaque jour ils amassaient l'herbe fauchée pour les lapins). Mon père y mettait les valises et nous partions à pied jusqu'à la maison, suivant la route entre les champs et les parcs dans le bruit assourdissant de la carriole.

Ce village était pour moi une réalité absolument autre. Il correspondait à un temps autre : les grandes vacances ; un rythme de vie autre : je me couchais plus tard. Quand il faisait beau, le soir on s'asseyait dehors sur un banc, devisant jusqu'à la nuit tombée. Pendant la moisson, on entendait dans la pénombre cahoter lourdement, sourds craquements des roues par les chemins de terre, les chariots qui rentraient des champs, brinquebalant leurs énormes entassements de gerbes.
Et surtout je disposais d'une entière liberté. Je pouvais aller où je voulais, et le plaisir était grand le soir lorsque j'évoquais tel ou tel étang rencontré dans mes errances et que mes grands-parents discutaient, se demandant s'il s'agissait des Ansviennes ou de l'étang d'Afrique (ils disaient "Aaafrique") … Je prenais le calendrier des Postes, je regardais la carte du département, reconnaissant tout au plus la route la plus proche des forêts traversées, mais les taches bleues minuscules figurant les étangs n'étaient pas dénommées, ce qui me frustrait …

Les vacances finies, le retour était douloureux. Pendant plusieurs jours le soir, je pleurais, ainsi que ma mère et ma sœur… Et le matin, lorsque je regardais L'Angelus sur mon bol, je croyais discerner au loin à l'horizon le clocher de H. d'où s'égrenait l'angélus. La haute silhouette de profil, tête penchée et mains jointes, recueillie, était ma grand-tante. Le moment figuré, quand la lumière crépusculaire semble suspendre le temps, me rappelait ce bonheur des grandes vacances.



2








L'Arrière-pays est le titre d'un livre d'Yves Bonnefoy, publié en 1972 dans la collection Les Sentiers de la Création, chez Skira (cette collection était magnifique, suscitant un riche dialogue entre images et texte). La couverture reproduisait un fragment du Triomphe de Battista Sforza de Piero della Francesca. Derrière les têtes de petits personnages, ondulaient de lointaines collines, qu'on retrouve dans le portrait de Federico Montelfeltre, - ou comme on en voit en Ombrie ou dans les Marches …







Ces arrière-pays peints m'ont toujours intrigué - comme s'ils étaient la promesse faiblement suggérée d'un lieu où l'être se retrouverait dans une harmonie absolue avec le lieu, lui-même, et les autres.






01/05/2008

01/05/08 - 18:18

PARIS, 18-21 AVRIL 2008.






A Beaubourg, trois peintures de Martin Barré (1924-1993).






Dans les Tuileries. Tulipes noires, entre autres.






A Orsay, le groupe de la Danse (1869) de Carpeaux - ronde joyeuse, gaieté, enjouement.






La grande nef, - on peut s'y asseoir sur des bancs, regarder les sculptures ou les gens qui les regardent, ou ceux qui passent.






Dans les Tuileries, de nouveau. L'obélisque entre les deux murs de Clara-Clara (1983) de Richard Serra, - et un jeune homme accroupi renouant ses lacets (ou prenant une photo ?).


 

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13