28/02/2008 PARIS, 21-24 FEVRIER 08 (MOMENTS)
Exposition Vlaminck, au Musée du Luxembourg : sans intérêt, sauf le premier autoportrait, atypique. Vlaminck, c'est clair, n'est pas un grand peintre, et malgré la pub, cette exposition est un non-événement.
Au Musée Bourdelle - charme d'un atelier dans Montparnasse.
Trouvé assez beau ce groupe intitulé Le Jour et la Nuit, - un peu étrange. Contraste entre le non-finito rappelant Michel-Ange et l'éclatante blancheur du grand visage non-classique.
A la Pinacothèque de Paris, Soutine. Vraiment un très grand peintre (on y reviendra).
Le lendemain, au Musée de l'Orangerie, les Soutine de la Collection Walter-Guillaume.
Dimanche, grand beau temps. Il y avait du monde dans les Jardins des Tuileries.
20/02/2008 AUJOURD'HUI 20 FEVRIER 2008
Traîné au lit, c'est les vacances, bribes de rêves et de rêveries s'entremêlant dans le demi-sommeil du matin.
Surpris de voir qu'il est 10 heures quand je me lève.
Surpris aussi devant la glace : bonne tête, ce matin !
Lu deux articles dans Télérama.
L'un sur Annie Ernaux.
Je n'aime pas sa photo (yeux clos) de masque mortuaire. Pose, affectation. Ç'aurait pu être une belle photo, un visage vieilli en pleine lumière. Mais la main sur l'épaule gâche tout.
J'aime beaucoup La Place. L'écriture d'Annie Ernaux est presque toujours d'une grande justesse .
L'article m'intéresse, donne une idée de sa démarche d'écrivain. L'histoire d'un individu et l'histoire du monde autour de lui, " sans dissocier l'un de l'autre ".
L'autre article, sur Cédric Klapisch. Il y a une belle photo de lui. Beau visage d'homme, yeux noirs, poil noir, barbe de deux jours poivre et sel. Regard ouvert, droit. Lèvres qu'on serait tenté de dire sensuelles, mais c'est bien mieux que ça : intimité de la chair ouverte.
Il parle bien du cinéma, et surtout de la direction d'acteurs : " Certains ont besoin d'autorité, d'autres de liberté. Si l'on arrête Fabrice Luchini dans ses délires, il se bloque. Je le laisse se lâcher, se chauffer, je le ramène vers la scène écrite. Sa folie s'y intègre et cela donne ce mélange unique de spontanéité débridée et de maîtrise totale. A l'inverse, des acteurs ont besoin d'être secoués. Je cherche avec chacun comment réveiller le meilleur de lui-même, un exercice passionnant, qui se rapproche de la psychanalyse".
Hier soir, échange avec P. qui me laisse dans un état de bien-être attendri, de grande douceur avec moi-même.
M'a donné envie ce matin de regarder certains poèmes de Reverdy.
J'aime beaucoup celui-ci que je lui avais recopié.
Sur chaque ardoise
qui glissait du toit
on
avait écrit un poème
La gouttière est bordée de diamants
les oiseaux les boivent
Froide grisaille d'hiver. Hier, le ciel était tout bleu, l'air presque doux.
08/02/2008 OU L'ON DECOUVRE (TARDIVEMENT) LOLITA
Dans un article du Monde des Livres de vendredi dernier, je m'étais attardé à cette citation de Georges Steiner ( Les livres que je n'ai pas écrits, Gallimard) : Le sexe se parle et s'écoute, il n'existe dans le tissu humain aucun autre point de contact où fusionnent si étroitement les composants neurochimiques et ce que nous considérons comme les circuits de la conscience et de l'inconscient.
Et lisant cette page de Lolita (que je découvre avec enthousiasme) j'en trouve une illustration magnifique :
Rien ne pouvant plus désormais distraire cette béatitude ardente et profonde de la convulsion ultime vers laquelle elle s'acheminait, je sentis que je pouvais ralentir afin de prolonger la félicité. Lolita avait été définitivement solipsisée. Le soleil implicite palpitait dans les peupliers plantés là pour l'occasion ; nous étions fantastiquement et divinement seuls ; je l'observais, toute rose, pailletée d'or, qui se profilait derrière le voile de ma délectation maîtrisée dont elle demeurait inconsciente, étrangère, et le soleil jouait sur ses lèvres, et ses lèvres formaient encore apparemment les mots de la chansonnette Carmen-Barmen, lesquels ne parvenaient plus à franchir le seuil de ma conscience. Tout était prêt maintenant. Les nerfs du plaisir étaient désormais à vif. Les corpuscules de Kraus commençaient à entrer dans leur phase de frénésie. La moindre pression allait suffire à donner le branle au paradis tout entier. Je n'étais plus Humbert le Roquet, ce corniaud aux yeux tristes étreignant la botte qui allait bientôt le flanquer dehors. Je ne craignais plus les tribulations du ridicule, les contingences du châtiment. Dans ce sérail de mon cru, j'étais un Turc robuste et radieux, pleinement conscient de sa liberté, différant délibérément le moment de jouir enfin de la plus jeune et de la plus frêle de ses esclaves. Suspendu au bord de cet abîme de volupté (un chef-d'œuvre d'harmonie physiologique comparable à certaines techniques artistiques), je continuais de répéter au hasard certains mots après elle - barmen, alarmante, ma charmante, ma carmen, a-men, aha-ah-men - comme quelqu'un qui rit dans son sommeil, tandis que ma main ravie remontait lentement le long de sa jambe ensoleillée aussi loin que le permettait la décence. La veille, elle s'était cognée contre le gros coffre du vestibule et - "Regarde, regarde ! – soupirai-je - regarde ce que tu as fait, ce que tu t'es fait, ah, regarde" ; car il y avait, je le jure, une ecchymose violette et jaunâtre sur sa charmante cuisse de nymphette que mon énorme main velue massait et enveloppait lentement - et comme ses sous-vêtements étaient plutôt sommaires, rien ne pouvait plus empêcher mon pouce musclé d'atteindre le creux de son aine brûlante - comme quand on chatouille et caresse une enfant agitée d'un rire nerveux, - rien de plus - et elle s'écria : "oh, ce n'est rien du tout", avec soudain un accent strident dans la voix, et elle se démena, se contorsionna et rejeta la tête en arrière, ses dents effleurant sa lèvre inférieure luisante tandis qu'elle se détournait à demi, et alors, messieurs du jury, ma bouche gémissante toucha presque son cou nu tandis que j'écrasais contre sa fesse gauche le dernier spasme de l'extase la plus longue qu'ait connue homme ou monstre.
01/02/2008AUJOURD'HUI 1er FEVRIER
neigé vers 17 h 15.
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| Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Montaigne, Essais, III, 13
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