27/01/2008 PIERRE ET JEAN
En Seconde, devoir de contrôle sur Pierre et Jean , cet excellent petit roman de Maupassant où l'on voit s'affronter lors d'un héritage inattendu deux frères aux physiques et aux caractères très différents et qu'une sourde jalousie oppose. A la fin, celui qui se révèle un intrus devient très riche, remporte le trophée du match (une jeune veuve) et tue symboliquement son concurrent de frère.
La dernière question du devoir était : "A quel mythe Pierre et Jean peut-il renvoyer ?"
Deux élèves ont répondu (je soupçonne que, malgré l'œil du Maître, le portable arabe a fonctionné) :
- Abdel et Caïn.
Un autre, ingénument (?) :
- Adam et Yves.
23/01/2008 L'INSTANT N'EN FINIT PAS (II)
Plus loin, d'autres œuvres de Patrick Neu surprennent, - en total contraste avec la vanité du napperon brûlé : sur un immense mur blanc, douze ailes de papillon du Pérou aux couleurs précieuses ont été épinglées, non sans légèreté. Sur la poudre des ailes, azurée et mauve, irisée, l'artiste a reproduit à l'encre de Chine des figures d'anges (parmi lesquelles on reconnaît le Sourire de Reims ) - êtres encore plus fugaces sur ces ailes où le temps effacera leur tracé peu à peu, et dont la poudre si précieusement colorée, quand on y pense, n'est que poussière.
On pourrait croire que contrastent avec elles, - par leur compacité, leur dureté, leur poids, les deux armures de guerrier qui gisent sur le sol, brillantes : or leurs différentes pièces sont en cristal, jointes entre elles par des plumes blanches qui paraissent les alléger, - et même la transparence éclatante du matériau les réduit à n'être que de la lumière.
L'armure lourde, opaque, qui servait à se protéger des coups et des traits mortels, devenue transparente, légère et fragile est parfaitement inutile, vaine. Une parfaite vanité .
On voit une telle métamorphose de manière plus éclatante encore dans la dernière salle où l'artiste avait dressé une véritable colonne de verres dont certains étaient plus ou moins embués de noir de fumée pour former à l'intérieur comme le fantôme d'un satyre. Mais cet être ombreux, prisonnier de la frêle construction de cristal aura voulu profiter de la nuit pour s'enfuir puisque le lendemain on devait retrouver l'œuvre effondrée, - clair désordre " ici-bas chu d'un désastre obscur ".
Sur le mur au fond deux grandes ailes entièrement façonnées dans de la cire semblent figées dans leur chute. On pense à la légende d'Icare à qui son père, en assemblant des plumes avec de la cire, avait construit des ailes pour s'échapper du labyrinthe. On sait comment le jeune homme, emporté par son outrecuidance, s'approcha trop du soleil et, la cire ayant fondu, fut précipité dans la mer.
La catastrophe ici suggérée par ces deux ailes magnifiques semble un écho de l'élan brisé du satyre.
18/01/2008 L'INSTANT N'EN FINIT PAS (I)

Vu la semaine passée à Metz l'exposition du FRAC-Lorraine : L'instant n'en finit pas.
Le titre d'abord me plaisait par la juxtaposition impertinente du nom instant qui évoque la brièveté et la fugacité du temps, - et du groupe verbal n'en finit pas qui lui, par contre, suggère une durée inépuisable …
Une œuvre de la collection est l'emblème de l'exposition : Sand Piece (1979) de l'américain Paul Kos. Cette oeuvre conceptuelle requiert 1.2 tonne de sable de Nemours, un beau sable blanc presque blond entassé à l'étage et qui s'écoule (par un tube de laiton d'un peu plus 2 mm de diamètre traversant le plancher) au rez-de-chaussée où il forme un large cône. L'espace de l'exposition devient lui-même sablier.
La réalisation possède un caractère esthétique certain : le regard s'arrête, fasciné par l'extrême finesse de ce sable, sa couleur sous la lumière, - et surtout l'infime transformation du tas d'en haut qui se creuse par de minuscules avalanches de grains glissant vers le centre, - tandis qu'au rez-de-chaussée le mince écoulement s'amasse en un cône que d'imperceptibles glissements de terrain sur les pentes élargissent …


L'exposition présente aussi de nombreuses œuvres de Patrick Neu, très séduisantes. D'abord 18 verres en cristal dont l'artiste a recouvert en partie la surface interne de noir de fumée, sur lequel il a reproduit des œuvres, - comme Les Demoiselles des bords de la Seine de Courbet, L'enlèvement des Sabines de David, ou la Mélancolie de Dürer (qui paraît encore plus étrange dans cette matière où le trait est le noir de fumée évidé), - parfois des motifs comme ce démon emportant un damné du Jugement dernier de Michel-Ange (et le groupe semble traverser l'espace du verre), ou le torse du Centaure mourant de Bourdelle, qui prend un relief mystérieux, - sorte de fantôme souffrant emprisonné dans le verre …
Mais ces œuvres, valeurs sûres de l'histoire de l'Art, inscrites ici dans le noir de la suie, malgré la transparence brillante du cristal qui semble les protéger, ne montrent que leur frêle dessin éphémère et rappellent ainsi la vanité de tout…
Autre image étonnante de ce thème : un napperon de pâtisserie calciné, dont la précieuse dentelle noire presque réduite en cendre paraît si fragile qu'un courant d'air pourrait l'anéantir, - sur le fond noir duquel est reproduit d'un fin trait blanc le Christ mort d'Holbein.
06/01/2008 SAMEDI 5 JANVIER 2008
Réveillé peu avant 8 heures. On descend pisser.
Vite rendormi.
Réveillé vers 9 heures 30 … On rêve éveillé, on dort … Limites incertaines … Ce corps dans ces échanges écrits, si facilement, si généreusement donné, si intimement donné.
Levé vers 11 heures.
Petit-déj en écoutant un peu à la radio Martin Hirsch. Cet homme semble dépourvu de l'ambition et du cynisme de ses collègues. Il manifeste un authentique souci des plus pauvres. (Lui, acceptera-t-il d'être noté ?)
On feuillette de vieux papiers, des factures. J'y retrouve une photo de moi (1984 !).
J'allume l'ordinateur, ouvre ma boitamelle : courrier d'O.. Il est d'accord pour qu'on voie ensemble l'exposition du FRAC L'instant n'en finit pas . Il a joint un article sur l'expo, qu'il a publié dans un journal luxembourgeois. Je le trouve éclairant et superbement écrit.
Il doit être 13 heures. Je vais me brosser les dents et me raser.
Je monte prendre ma douche. J'ai un peu froid … Je règle la température de l'eau pour qu'elle soit très chaude. Me baigne les épaules, le torse, le ventre avec l'eau chaude qui ruisselle abondamment ... Ça me réchauffe … Je pense à P., au corps de P., que je ne connais pas, mais si généreusement donné .
Tout de suite ça a des effets évidents.
Shampooing, - puis gel douche. Onctuosité du gel qui se transforme en mousse parfumée (bois de santal). Douceur enveloppante …
Je m'habille en récitant La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse
Redescends me préparer une tisane de thym (je me sens l'estomac un peu barbouillé). Pendant que l'eau bout, je me coupe les ongles des pieds (pour une fois, lecteur, - auquel je ne m'adresse que timidement, vous saurez presque tout !). Je rassemble les ongles coupés pour les jeter à la poubelle.
Tandis que le thym infuse, je relis quelques poèmes de Ludovic Janvier. Richesse de l'écriture poétique. Réussite de ce poème Negro Spirituel qui commence ainsi :
Chacun son exilé dedans chacun son diable
pourquoi le mien me fait-il rougir quand je mens
c'est un Nègre qui rêve à l'intérieur d'un Blanc
ma peau le cache il est mon hôte impondérable
Je sors vers 15 heures 30.
02/01/2008 MERCREDI 2 JANVIER 2008
A vous tous que j'aime, à vous que je ne connais pas et qui vous égarez par ici, je souhaite que ce nouvel an apporte bonheur, santé, - et le succès de ce que vous entreprendrez.
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| Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Montaigne, Essais, III, 13
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