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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

09/12/2007

09/12/07 - 21:08

SUR 4 AUTOPORTRAITS DE COURBET (II)






Ce Portrait de l'artiste dit L'Homme blessé (1844-1854, 81 x 97) m'a fasciné dès que je l'ai vu, - une des premières fois où j'étais allé au Louvre (c'est là en effet qu'il se trouvait avant la création d'Orsay).

Que le peintre se soit représenté en homme blessé, la chemise blanche ouverte et tachée de sang, - m'intriguait.

Le visage est beau, abandonné au sommeil, ou sombrant dans la mort. Le front, les larges paupières closes et l'arête du nez sont touchés par la lumière. La bouche est fermement dessinée, les lèvres sont épaisses. La main gauche se referme sur un pli de l'ample manteau qui le couvre. L'arme du duel est appuyée à gauche contre un sac …

Quelles raisons avaient pu pousser l'artiste à se représenter ainsi, - comme Rembrandt avait aimé se peindre dans divers travestissements ?

Lorsque le tableau est radiographié en 1973, on y découvre deux compositions sous-jacentes : la plus ancienne représente une jeune femme de profil ; l'autre un jeune homme couché dans une position tout à fait semblable à celle de l'homme blessé, mais sur son épaule gauche et dans son cou se blottit le visage d'une jeune femme. Cette composition correspond au fusain Sieste champêtre , du musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon, - sans qu'on puisse décider s'il est une esquisse préparatoire ou une copie postérieure de la seconde composition.

On peut lire ainsi dans les strates de l'œuvre quelques épisodes de la jeunesse du peintre : d'abord le portrait d'une jeune femme, peut-être celle qui deviendra bientôt sa maîtresse, puis la représentation d'un moment de bonheur, le sommeil figurant la plénitude amoureuse, - la satisfaction complète du désir.
Enfin vers 1854, Courbet ajouterait un autre chapitre à cette séquence autobiographique : l'homme solitaire, blessé au cœur et saignant, - image héroïque (et très romantique) de l'amoureux qui s'est battu en duel pour sa bien-aimée, image romanesque figurant son malheur, après que sa maîtresse Virginie Binet l'eut abandonné en 1851, emmenant avec elle leur fils âgé de 4 ans.

Cette œuvre illustre exactement ce que Courbet écrira plus tard à Alfred Bruyas, le mécène et l'ami montpelliérain : "J'ai fait dans ma vie bien des portraits de moi, [au] fur et [à] mesure que je changeais de situation d'esprit ; j'ai écrit ma vie en un mot."

En fait ce qui m'intéressait dans cette œuvre, c'était cette façon indirecte de se figurer à travers une image particulière à la culture de l'époque, et marquée par la sensibilité du sujet.





commentaires

16/12/07 - 02:49

Ces derniers temps, j'ai vu plusieurs fois des jeunes hommes avec cette figure. Les grands yeux aux paupières un peu lourdes, le nez fin, la barbe noire, la bouche très dessinée. On dirait qu'on "crée" des types de beauté par vague successives. Comme les mises en scène de théâtre. Les mères conçoivent-elles en rêve la beauté de leur fils?

16/12/07 - 18:35

Joliment dit, Abend ...

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13