SUR 4 AUTOPORTRAITS DE COURBET (I)
Les autoportraits sont assurément les œuvres de Courbet que je préfère.
Les ayant revus à l'exposition du Grand Palais, ce goût particulier ne s'est point démenti.
Courbet est assimilé à juste titre au Réalisme, mouvement culturel qui réagit au Romantisme. Or ses autoportraits montrent à quel point ses premières œuvres sont marquées par ce dernier mouvement, et plus précisément par la littérature romantique.
Ainsi la mise en scène du
Portrait de l'Artiste dit
Courbet au chien noir (1842, 46.5 x 55.5, Paris, Musée du Petit Palais) surprend d'abord par l'espace figuré : le peintre est assis au sein de la nature, en plein air, dans la région d'Ornans (où vit sa famille ).
Il a environ 23 ans, se représente en artiste bohème : son vêtement suggère une certaine aisance (son père est un riche propriétaire terrien qui n'a pas contrecarré son ambition artistique) : redingote sombre montrant sa doublure jaune ocre, pantalon à carreaux.
En outre le visiteur du Salon de 1844 (où le peintre a été admis pour la première fois avec cette oeuvre) reconnaît spontanément le bâton recourbé et le chapeau à large bord, - attributs du marcheur. Ayant emporté son carton à dessin, l'artiste recherche probablement quelque point de vue pittoresque.
Conscient de son génie naissant, - non sans quelque orgueil, il toise le visiteur qui passe devant le tableau.
En fait, dans cet autoportrait, Courbet montre une personnalité complexe : le romantique, influencé par ses lectures, aimant la nature, mais aussi le dandy, comme Baudelaire qu'il rencontre rapidement, - et l'artiste bohème, avec la pipe (reprenant dans
L'Atelier un portrait antérieur du poète, il figurera Baudelaire lisant, une pipe à la bouche).
Auprès de lui se trouve assis un autre personnage, - qui n'est pas là par hasard : “un superbe petit chien anglais noir, un épagneul pur sang qui [lui] a été donné par un de [ses] amis” comme il dit dans une lettre adressée à ses parents.
Certes, Courbet a eu du plaisir à représenter ce chien à ses côtés, mais pour le jeune artiste tout autant que pour le spectateur de l'époque, celui-ci est aussi le personnage d'une œuvre d'E. T. A. Hoffmann, référence évidente du romantisme : le chien Berganza.
Cependant le chien de l'artiste, avec son bon regard attentif (bien différent de la morgue affichée par son maître) amuse celui qui regarde le tableau, - car se découpant sur le ciel clair, son pelage sombre semble redoubler avec humour la silhouette de son maître.
09/12/07 - 01:17
Comme j'ai énormément de mal à trouver un tableau comparable à celui-ci, je commente par un autre autoportrait d'où émane toute la jeune ambition d'un peintre conquérant : celui peint par le Joshua Reynolds, vers 1747-48...
jeanbroc