J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

16/11/2007

16/11/07 - 00:34

UNE EXPERIENCE HEUREUSE : TO SPITI




En juin mon ami Olivier m’avait demandé si je voudrais bien lire mon Discontinu d’une Elégie (36- fragments) dans le cadre de l'exposition qu'il présenterait en octobre avec Diane Moreau, intitulée To spiti (la maison en grec moderne). J’avais donné mon accord sans réfléchir.

Puis, je m’étais inquiété de l’entreprise pour ce qui me concernait : est-ce que je pourrais lire ce texte publiquement ? Parfois mon inquiétude allait jusqu’à l’angoisse : et si, durant la lecture, j’allais être frappé d’aphasie, - comme interdit de parole ?

J’avais demandé à O. de pouvoir lire le texte un peu auparavant dans la galerie, et devant lui. Ce qui fut fait un samedi matin. O. avait invité Diane Moreau à se joindre à lui. Tous deux manifestèrent leur satisfaction.

O. m’avait aussi montré la vidéo réalisée par lui l’été dernier à Plakias, - un plan fixe de vagues déferlant sur la plage entre deux grands rochers, tandis que parfois des gens passent ou viennent se baigner. J’étais reparti très heureux de ce moment, - où j’avais été rassuré, - où de plus j’avais retrouvé une intimité à la fois proche et différente de celle qui existait entre nous il y a plus de 25 ans.

La lecture eut lieu le vendredi 26 octobre. L’après-midi, j’avais paniqué : je n’y arriverais pas. Je serais trop impressionné : il y aurait là 20 à 25 personnes, certaines que je connais très bien (ce qui en fait rendrait la lecture plus difficile pour moi), d’autres inconnues mais plus ou moins liées aux premières. Je craignais d’être jugé, d’échouer dans ce passage de l’écrit à une parole publique, - ce que je ressentais comme une mise à l’épreuve.

J’arrivai très peu de temps avant l’heure fixée. J’ignorais comment la manifestation se déroulerait. O. me demanda si le dispositif me convenait : une petite table et une chaise. Une toute petite lampe de bureau sur la table. Un verre, de l’eau. C’était parfait.

Tout s’enchaîna sans que je me sois vraiment inquiété. Je me suis assis, j’ai pris les pages du texte, rappelé en introduction le sens du mot élégie, et j’ai commencé. Comme dans l’obscurité seule la petite lampe éclairait les pages du texte, je discernais à peine l’assistance.

J’entendis quelques réactions, peut-être un peu moqueuses, puis très vite j’eus conscience que les gens écoutaient vraiment. Alors je me suis senti à l’aise, en harmonie avec la situation, détendu dans ma lecture, attentif au ton particulier attaché à certaines phrases (un peu comme un musicien interprète les nuances indiquées par le compositeur) - prenant le temps de bien marquer les pauses entre les fragments, et c’est alors que j’éprouvai pleinement la qualité du silence qui s’était fait, qui condensait l’attention de ceux qui écoutaient.

Le fragment final

Longtemps je regardai éperdu
fut suivi de quelques instants suspendus avant que les gens n’applaudissent.

Tout s’était très bien passé. O. semblait content, et plus tard, tout en buvant du vin, nous avons reparlé brièvement de ce moment lointain. J’étais un peu surpris de l’entendre évoquer non sans une légère nostalgie ces années où il vivait là-bas …

Pour moi, la beauté de ces deux étés là-bas est désormais passée entièrement dans le texte, effaçant tout regret, toute tristesse …
Et ne reste que le souvenir ébloui d’un très beau moment, que cette lecture a parfaitement achevé.

Plus tard, tandis que les gens bavardaient plus ou moins fort, O. jouait du bouzouki et chantait un rébétiko. Et son fils Julien, beau jeune homme de 29 ans, - maniant son archet avec une amusante dextérité, l’accompagnait à la scie musicale.






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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13