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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

10/09/2007

10/09/07 - 21:14

A PROPOS DES AMOURS D’ASTREE ET DE CELADON D’ERIC ROHMER






Les premières images donnent tout de suite la tonalité du film : un lent regard sur des prés, sur des arbres parfois agités par le vent, feuillages frémissants, chants d’oiseaux mesurant l’espace boisé : une vraie bouffée d’air, un sentiment de fraîcheur lumineuse …

Et dès qu’apparaissent les premiers personnages, des bergers costumés en gaulois tels que pouvait les imaginer un écrivain du XVIIème, - on est sensible au grain des étoffes, on admire leurs couleurs merveilleusement fanées, des verts, des rouges ternes, puis dans le château ( !) des « nymphes », les manteaux de faille bruns, roses, cuivre, les tapisseries, les rideaux de lit …

Sensualité des choses filmées avant celle des chairs, en particulier celle des épaules et des seins dénudés, et de la cuisse d’Astrée dans une séquence magnifique (même si cette cuisse est celle d’une femme …)

Enfin ce qui m’a vraiment séduit, c’est la langue des personnages : celle de la préciosité du XVIIème siècle, réécrite par Rohmer avec une intelligence rare, où l’affectation se trouve atténuée, où jouent surtout la distinction de la syntaxe et les bonheurs d’expression …

Et curieusement le metteur en scène obtient de ses acteurs une élégance de la diction qui leur donne un naturel étonnant.

Rohmer montre simplement que la préciosité, c’était donner du prix au langage.

Dans une époque où domine partout la langue formatée du marketing (à laquelle se sont d’abord assujetties les prétendues élites politiques) avec sa grossièreté inhérente et son incapacité à considérer quoi que ce soit avec subtilité, - la fraîcheur du langage que Rohmer invente, et attribue à des rustiques surprend et réjouit : on ne s’esclaffe jamais, on sourit sans cesse, à l’intelligence discursive des propos, à leur finesse, à cette urbanité que ces bergers montrent les uns envers les autres : la discussion opposant le barde Hylas, chantre de l’inconstance, et Lycidas, frère de Céladon et partisan de la fidélité en est un joli exemple.

Point de second degré, mais un naturel conquis, dont l’élaboration serait gommée pour le plus grand plaisir du spectateur.


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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13