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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

08/09/2007

08/09/07 - 18:58

AU MUSEE D’ORSAY : DE CEZANNE A PICASSO
CEZANNE : LE GARÇON AU GILET ROUGE






Quand je suis entré dans la première salle, j’ai tout de suite été frappé par Le Garçon au gilet rouge de Cézanne, - tableau que je n’avais jamais vu sinon reproduit, et qui m’a impressionné au point que je pense très souvent à lui.

Sentiment d’une réussite éclatante.

On sent que l’artiste a obtenu ce que son œil et sa pensée exigeaient au fur et à mesure que le tableau s’élaborait.

Cézanne veut réaliser un portrait. Disposant d’un peu d’argent, il paie un modèle professionnel : Michelangelo Di Rosa.

Il a probablement en tête les portraits des peintres maniéristes, en particulier ceux de Pontormo ou de Bronzino, - caractérisés par leur élégance et leur raffinement.

Le peintre va construire son tableau sur un ensemble de contrastes, chromatiques et formels.

Le rouge du gilet est l’élément moteur de la composition, celui qui attire immédiatement le regard : autour de lui s’organise un contraste raffiné de blancs ombrés de bleus et de gris - la chemise du garçon, et de bleus plus soutenus, - son foulard et sa large ceinture.

Le contraste formel repose sur le contraposto , posture du corps caractérisée par la dissymétrie de la ligne des épaules et de celle des hanches qui produit le déhanchement, et qu’on trouve déjà dans la statuaire classique. Cézanne combine cette posture avec le motif de la main appuyée sur la hanche souvent employée par les peintres maniéristes, obtenant une attitude d’une élégance extrême et naturelle : l’épaule gauche est avancée tandis que la droite est en retrait - à peine visible d’ailleurs. Le bras gauche reste ballant le long du corps, - verticale un peu raide qu’atténue le trait discontinu du contour, et parfois redoublé, de la chemise.
Le bras droit, lui, se replie et la main s’appuie sur la hanche, ce qui produit un contraste dynamique entre le côté gauche et le côté droit du garçon. Le déhanchement est accentué par une touche oblique à l’emplacement de la braguette, qui est dans l’exact prolongement de la ligne sinueuse du gilet.

En fait le déhanchement dénote ici une attitude détendue : paradoxalement le corps du modèle semble abandonner un instant la pose. Le chapeau placé en arrière, le visage, tourné dans la direction contraire au buste, - et un peu penché, suggèrent la distraction du jeune homme, - et son regard détourné mais fixe semble absorbé dans une rêverie mélancolique.

Le peintre a donné à son portrait une certaine ampleur par les plis lourds et plus ou moins obliques (parallèles à l’avant-bras replié) d’une riche tenture dont les motifs se réduisent à des taches de couleurs informes. A gauche, le dossier d’une chaise (dont le montant est parallèle à l’axe du bassin déhanché) reprend la courbe de la main appuyée sur la hanche : cet ajustement de divers éléments qui se répondent constitue la cohérence du portrait.

Maintenant, je repense à L’homme aux yeux gris de Titien, à cause de la main sur la hanche. Ce tableau magnifie un aristocrate au caractère farouche, tandis que l’œuvre de Cézanne assume l’histoire du portrait pour donner une figure admirablement composée et poétique .




commentaires

09/09/07 - 00:44

Après maints efforts vains, Ingres avait finalement trouvé la pose idéale de Monsieur Bertin par hasard, alors qu'il se reposait entre deux poses... sa désinvolture frappa les spectateurs de l'époque ^^ Ingres, portrait de Louis François Bertin, 1832...

09/09/07 - 13:09

Les mains presque agrippées sur les genoux ne manquent pas d'évoquer les serres d'un rapace, - en tout cas assoient solidement le riche diercteur du Journal des Débats ...

09/09/07 - 15:30

Merci Apax :-)
Je n'avais pas songé au parallèle entre le Cézanne et les portraits maniéristes. Pourtant cette main sur la hanche…

En tout cas, je propose de remplacer les défilés de choupinous et de pauvres créatures en maiilot par des hommes aux yeux gris

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13