02/09/2007 VAN GOGH (EN MARGE DE L’EXPOSITION DE CEZANNE A PICASSO ).

On connaît tous L’Eglise d’Auvers de Van Gogh.
C’est pourquoi au Musée d’Orsay la plupart des gens ne s’arrêtent pas devant le tableau, et disent en passant « Ça, on connaît ».
Pourtant si l’on s’arrête et regarde, on est tout de suite saisi par la puissante composition de l’image, - l’enracinement de l’édifice, sa compacité, l’impression de solidité qu’il donne …
Mais il semble aussi remuer : tant le peintre a donné à son trait un mouvement qui fait vivre cette église. Si l’on regarde encore on voit comment les couleurs elles-mêmes vibrent, frémissent d’une vie propre, - tels le bleu profond du ciel, ou les ocres et les verts du sol.
Le monde d’images dans lequel nous vivons (et qui pourtant nous permet de connaître des œuvres que nous ne pourrions voir autrement) réduit voire standardise le tableau réel, et souvent nous empêche de le regarder et de le voir vraiment. Sa reproduction a formé en nous une sorte de simulacre, - qui n’est qu’un leurre : on croit connaître l’oeuvre, alors qu’on ne l’a jamais vue , alors qu’on n’a jamais fait l’expérience sensible de sa réalité matérielle, et unique. A celle-ci s’est substitué un savoir factice, qui nous tient éloigné de ce que pourrait nous procurer la vision de l’œuvre - la formation d’une culture authentique où le moi se trouve travaillé par l’impact de l’œuvre.

Certains sont un peu condescendants vis-à-vis des œuvres de Van Gogh : tellement vues, tellement connues, répétées, banalisées : posters, calendriers, T-shits etc …
Pourtant quand je m’arrête devant l’Autoportrait de septembre 1887, à Orsay, je reste ému devant le visage de cet homme résolu, entièrement habité par la foi en son art, - au regard intense fixant cette exigence intraitable qu’il porte en lui.
Son savoir-faire, son intelligence des formes, son génie des couleurs révèlent cette volonté farouche. La pose n’a rien d’original mais la vibration du jaune orangé de la barbe et des cheveux roux au centre, avec les bleu pâle tout autour transcrit l’énergie du peintre, renforcée par la touche ondoyante et tourmentée du fond. Le contraste entre la sévérité du visage et la douceur des bleu pâle semble exprimer aussi la générosité de l’homme.
Ainsi j’ai été de nouveau ébloui par plusieurs des Van Gogh de l’exposition De Cézanne à Picasso, Chefs-d’œuvre de la galerie Vollard .

Le Portrait d’Armand Roulin (Essen, Folkwang Museum) séduit d’emblée : le peintre a saisi la beauté du garçon, beauté facile voire un peu mièvre, ce que suggère aussi ce fond d’un bleu turquoise incroyable (et que ne rendent jamais les reproductions). Mais ce fond un peu vulgaire joue avec le jaune citron pale du vêtement délimité par un contour outremer, pour donner à ce portrait un éclat surprenant.
J’ai eu la même impression devant L’Arlésienne (Portrait de Madame Ginoux), (New York,The Metropolitan Museum of Art). Le fond citron pâle, qui a la vivacité et l’éclat de l’or pur, y est superbement opposé à l’habit noir (« du bleu de prusse tout cru »). (Orsay possède une autre version de ce portrait avec un fond moins saturé et une petite variante : au lieu des deux livres posés sur la table, se trouvent une paire de gants et une ombrelle, qui renforcent le caractère élégant du personnage, alors que la version présentée dans l’exposition insiste plutôt sur la rêverie qu’entraîne la lecture un instant quittée, - thème cher aux impressionnistes).
Mais l’exposition m’a fait découvrir d’autres chefs d’œuvre.
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| Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Montaigne, Essais, III, 13
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02/09/07 - 21:26
Donc, à suivre !
Et ce sera avec grand plaisir.
preston