23/08/2007 FRANCIS BACON, DEUX FIGURES , (1953, 152.5 x 116.5 cm, coll. Part.)(article modifié)

- Ce tableau est terrible ! m’écrit mon ami C..
- Tout à fait d’accord.
Pourtant j’avais été frappé d’abord par la gaucherie, l’embarras des deux personnages en train de faire l’amour : l’homme qui est au-dessus semble vouloir pénétrer son partenaire, mais celui-ci n’est pas en position de l’être. De plus, celui qui est en dessous a la bouche ouverte, on voit ses dents, il paraît plutôt crier, son visage semble exprimer la douleur …
Il ne fallait pas manquer d’effronterie pour montrer publiquement ce tableau (il l’a été à la Tate Gallery entre 1957 et 1959) … Car l’œuvre, par son support, par ses mediums, sa monumentalité, est conforme à la peinture classique exposée dans les musées, - malgré son sujet …
Bacon y montre son homosexualité. Mais le tableau n’a rien d’un manifeste : aucun discours revendicatif n’accompagne cette œuvre, qui sera suivie de plusieurs autres sur le même thème.
Pourquoi, cette gaucherie dans la position des corps, cet embarras ? Les visages sont l’un contre l’autre dans un mouvement affectueux, mais celui qui est en dessous semble souffrir ; les torses s’étreignent, mais les ventres et les jambes ne sont pas accordés … L’impression globale que donne l’image est celle d’un assaut, d’un acte violent, comme si, pour Bacon, l’acte sexuel ne pouvait être qu’un rapport de forces. Lui-même a dit : La frustration consiste à ne pouvoir jamais être assez proches l’un de l’autre. Quand on est amoureux, on ne peut pas briser les barrières de la peau.
Jean-Claude Lebensztejn dans ses (Notes sur Bacon) rapproche cette phrase d’un extrait du De Natura Rerum de Lucrèce (superbement traduit par José Kany-Turpin) :
Cupides, leurs corps se fichent, ils joignent leurs salives,
bouche contre bouche s’entrepressent des dents, s’aspirent,
en vain : ils ne peuvent rien arracher ici
ni pénétrer, entièrement dans l’autre corps passer.
Par moments on dirait que c’est le but de leur combat
tant ils collent avidement aux attaches de Vénus
et, leurs membres tremblant de volupté, se liquéfient.
Lucrèce aussi évoque l’étreinte comme un acte violent, et parle de combat.
Or Bacon (bien qu’ironiquement avec la tête et le pied du lit suggérant un mobilier de style bourgeois, il situe l’action dans un cadre privé) fait des deux hommes deux lutteurs au corps à corps sur un ring. Pour suggérer l’étreinte sexuelle, le peintre aura systématiquement recours à cette métaphore en utilisant des photos de lutteurs par Muybridge, comme dans le panneau central des Etudes du Corps humain , 1979, (198 x 147.5 cm), Collection particulière.
Ou dans celui d’un autre triptyque de la même année intitulé aussi Etudes du Corps humain , 1979, (198 x 147.5 cm), Collection particulière.
Même si ces images n’ont plus le réalisme du tableau de 1953, certains fragments sont plus crus, tout en manifestant une puissante stylisation.
Enfin un léger voile transparent semble séparer ces deux personnages du spectateur, placé ainsi en position de voyeur : quoi qu’il ressente quand il fait l’amour, quelles que soient ses idées sur le sujet, celui qui regarde le tableau ne peut pas ne pas voir la réalité, l’embarras, le violent désespoir de l’acte sexuel tel que Francis Bacon le représente.
Image provocante à plus d’un titre, et terrible.
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| Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Montaigne, Essais, III, 13
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23/08/07 - 22:20
Bonsoir.
Je connais mal l'oeuvre peint de Bacon. Le contemporain m'attire peu (c'est très béotien)
Ce tableau manifeste un besoin de "retour aux ordres" (ce n'est pas tendance, surtout sur GA, pardon)
Les références aux mathématiques (géométrie, analyse) y sont très puissantes (cercle, coniques, affinités, isométries, spiroïdes)
Bonsoir.
alwala