J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

07/08/2007

07/08/07 - 20:08

CY TWOMBLY A AVIGNON (II) : BLOOMING




A propos de mon dernier post sur l’exposition Twombly à Avignon, un ami avait regretté que ses photos ne lui aient pas permis de se représenter ce que j’évoquais. J’étais tout à fait d’accord, mécontent de celles que j’avais trouvées sur le Net.

C’est ainsi que je voulus au moins feuilleter le catalogue de l’exposition, - qui n’était pas à la FNAC, mais que je trouvai ailleurs.

Tout de suite ce livre m’a séduit par sa jaquette, - le détail d’une des peintures (trois pivoines rouges sur fond jaune, - recouvert de quatre étiquettes rectangulaires où figurent le nom du peintre, le titre de l’exposition, le nom de l’éditeur, et Collection Lambert en Avignon.

Ouvert, le livre montrait des images magnifiques : photos de pivoines par Twombly, et Nobuyoshi Araki, cette même fleur comme motif d’une assiette en porcelaine, et d’un paravent, un détail des Branches de pivoines blanches et sécateur de Manet, les Flowers d’Andy Wahrol, et quelques œuvres montrant aussi des fleurs - sorte de jardin de l’esprit qui a certainement nourri l’imagination créatrice de TW., - et affine la sensibilité du spectateur en enrichissant son regard.

D’autres photos se rapportent directement à l’exposition : celles de François Halard montrent les enfilades du rez-de-chaussée de part et d’autre du grand salon central, certains agencements de toiles dans les salles.

Celles de Giorgio Benni présentent de nombreux détails, si somptueux qu’ils sont presque en soi des œuvres d’art et où l’on peut percevoir le geste du peintre, ses interventions subtiles sur ce qui semble accidentel, comme les coulures.

De plus, j’y retrouvais aussi les textes de ces haïku que l’écriture si libre de TW a intégrés aux peintures, comme dans l’œuvre immense où s’épanouissent cinq grandes pivoines blanches sur fond vert d’eau : The peony falls / spilling out / yesterday’s rain (La pivoine s’effeuille / répandant en gouttes / la pluie d’hier). Et, From the heart / of the peony / a drunken / bee (Partant du cœur / de la pivoine / une abeille / ivre).

Refermant le livre, le rouvrant pour le feuilleter encore, je le trouvais en lui-même si beau que je l’achetai.

Alors l’idée me vint de faire quelques photos de ce livre, ouvert, qui pourraient suggérer les espaces de l’expositions, et l’effet produit par ces toiles immenses, - mais qui seraient aussi en elles-mêmes des photos comme JeanBroc a fait sur son site Tony-Paul.

Je pense très souvent à cette exposition qui m’a redonné une sorte d’espoir, d’énergie vive, de goût pour le bouillonnement créateur de la vie.
Laisser toute tentation de se résigner, - mais résolument choisir cet émerveillement épanoui que j’ai si fortement ressenti devant les peintures de Cy Twombly.


















P. S. Mon ami Ch. m’a envoyé la lettre d’Eric Mézil (le Commissaire de l’exposition, auteur aussi du texte du livre) adressée au Monde, qui réagit à un article plutôt positif sur ce baiser rouge B. apposé par une artiste en mal de publicité sur une toile blanche de TW présentée dans la deuxième partie de cette exposition.
E. Mézil s’emporte contre les médias qui ont fait de ce vandalisme un événement du Spectacle, alors qu’ils avaient peu parlé de l’exposition elle-même : Il rappelle que porter atteinte à une oeuvre qui fait partie du patrimoine commun, c'est d'abord s'arroger le droit de privatiser ce qui appartient à tous, un acte d'égoïsme et d'égocentrisme extraordinaire.
Il conclut avec beaucoup de pertinence : Les artistes créent souvent en référence à ceux qui les ont précédés, aux maîtres anciens ou modernes, mais jamais en s'appropriant physiquement leur oeuvre. S'ils font acte d'amour, c'est justement en s'imprégnant de l'oeuvre pour en faire quelque chose de nouveau, avec leurs propres moyens d'expression, leur propre langage. La richesse de la création réside dans cette recherche, dans cet inlassable labeur sans cesse recommencé, trop sacrés pour être bafoués par des gestes faciles et destructeurs et des discours irresponsables.

commentaires

08/08/07 - 01:38

J'avais déjà vu des photos de cette expo...

L'art contemporain, parfois, c'est vraiment du foutage de gueule...

08/08/07 - 01:49

Parfois, oui. En l'occurrence, non. (A moins que vous ne parliez du monochrome blanc "violé" ...)

08/08/07 - 06:50

bel envoi, cher Apax.
J'aime aussi Cy Twombly dans lequel je ne trouve pas l'agressivité qui détonne chez beaucoup de contemporains. et Bravo pour les si justes phrases de E.Mézil.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13