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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

30/07/2007

30/07/07 - 18:13

CY TWOMBLY À AVIGNON (I) : BLOOMING



Imaginez l’architecture classique d’un hôtel particulier du XVIIIème - l’Hôtel de Caumont à Avignon. Après le hall d’entrée, son grand vestibule dessert à droite trois salons et autant à gauche, tous donnant sur un jardin clos.



Pour le vestibule, Cy Twombly a conçu quatre toiles : deux, blanches, recouvertes d’une sorte de graphie illisible introduisent à l’exposition ; deux autres, plus grandes (3.5 x 4m) se font face, explicitant son titre avec le motif éparpillé d’une forme évoquant une pivoine en bouton - la matrice de Blooming, A Scattering of Blossoms and other Things, i-e "Floraison, un éparpillement de fleurs épanouies et autres choses".

Dans les six salles du rez-de-chaussée, face à la lumière dispensée par les hautes fenêtres donnant sur le jardin, se déploient six peintures immenses de 5.5 x 2.5m, et trois autres un peu moins grandes.



Devant cette accumulation de grosses fleurs comme des nuages d’où ruissellerait une averse diluvienne, je n’ai pu m’empêcher d’abord d’être un peu déçu : cela n’était que de l’art décoratif … Grandiose, certes … Magnifiquement harmonisé à l’architecture du lieu, certes.

Mais la puissance de ces compositions, la vivacité chatoyante des couleurs, leurs débordements ont agi très vite sur la sensibilité, m’offrant une sensation de vitalité extraordinaire. De plus les feuilles de présentation d’Eric Mézil, le Commissaire de l’exposition, ont attiré mon attention sur la progression de l’ensemble : de couleurs froides (fleurs blanches sur fond vert d’eau) on passe à des couleurs de plus en plus flamboyantes (fleurs rouge grenat sur fond jaune paille) suggérant la progression de l’épanouissement floral.

L’ampleur de l’ensemble évoque les Nymphéas de Monet tant par son ambition que par sa référence au Japon, à une culture sensuelle et raffinée. Mais on pense aussi aux fleurs sérigraphiées en deux couleurs d’Andy Warhol.

Sur certaines peintures, on peut lire des phrases. Celle-ci est répétée plusieurs fois : Ah ! The peonies, for which Kusinoshi took off his armour (Ah ! les pivoines pour lesquelles Kusinoshi retira son armure) - qui évoque l’incapacité même pour un guerrier endurci à résister à tant de beauté, mais suggère aussi que toute cette magnificence, ces implosions de couleurs, en neutralisant la cuirasse de préjugés du spectateur, le désarment littéralement et le rendent sensible à la foisonnante et frêle beauté de ces fleurs épanouies.

Roland Barthes a très joliment évoqué l’écriture de TWombly : on dirait que le mot a été écrit du bout des doigts, non par dégoût ou par ennui, mais par une sorte de fantaisie ouverte au souvenir d’une culture défunte, qui n’aurait laissé que la trace de quelques mots.


Sur l’une de ses peintures, l’artiste a recopié un haïku de Kikaku : The white Peony / at the moon / one evening / crumbled / and / fell (La pivoine blanche / sous la lune un soir / s’est effeuillée). Poésie et culture orientale investissent aussi la peinture, l’enrichissant comme d’un souvenir lointain.

Peu à peu l’exubérance de ces peintures, ce luxuriant mélange de couleurs et de sensualité joyeuse, - fleurs gorgées de blanc, puis de rouges de plus en plus saturés jusqu’au grenat sur des fonds tout ensoleillés, coulures dégoulinant comme de coupes trop pleines, - m’ont révélé leur éclatante poésie.



commentaires

31/07/07 - 06:36

tu écris bien e bonheur de voir la peinture mais as-tu pensé à certaine petite carte postale?

26/08/07 - 08:19

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13