SAMUEL PALMER (1805-1881) (II)
Coming from Evening Church, 1830, 30.1 x 20, Londres, Tate Gallery.
Dans ce cabinet d’images, je pouvais voir aussi
Retour des Vêpres, - une gouache à la composition verticale : deux arbres s’élancent de part et d’autre, et leurs branches se rejoignent pour former une arche unissant la pointe du clocher au centre, les hauts pignons des maisons et les collines élevées, - comme dans un vitrail. L’ensemble traduit le recueillement, le sentiment religieux, l’apaisement du soir après les peines du jour.
Venant de l’église, les membres de la communauté villageoise rentrent chez eux. On y remarque au premier plan les trois âges de la vie : le couple adulte, l’enfant que sa mère tient par la main, et derrière, un couple âgé, - dont l’homme à la longue barbe blanche évoque un patriarche. Ils figurent la solidarité des générations. Au second plan, un autre vieillard à la longue barbe marche en s’appuyant sur un bâton.
Palmer et plusieurs autres artistes qui l’entouraient à Shoreham s’étaient surnommés les Anciens : habillés de longue robes et coiffés d’un chapeau comme le personnage de
Cornfield, ils parcouraient la campagne les soirs de clair de lune, récitant des poèmes ou chantant, - passant ainsi pour des excentriques un peu magiciens.
Leur inspiration évoquait non sans nostalgie un monde champêtre idyllique, en total contraste avec le mécontentement et les révoltes de paysans qui se manifestaient dans le Kent vers 1830.
Malgré sa vision archaïsante et nostalgique d’un âge d’or (que l’on peut rapprocher de celle des Nazaréens), cette peinture recèle une puissante poésie.
The harvest Moon, c. 1831-2, 15.2 x 18.4, Londres, The Tate Gallery.
On retrouve cette même atmosphère poétique dans une encre gouachée
La Lune de la moisson.
En contrebas dans la pénombre un berger muni de sa houlette, une bergère suivent leur troupeau et redescendent dans la vallée. Sur la colline baignée par la clarté blanche de la lune, les moissonneurs finissent leur travail : trois coupent les épis, d’autres nouent les gerbes, d’autres les mettent en tas. Au-delà sur un coteau plus élevé, on discerne des ceps de vigne.
A gauche, au dessus du vallon, le croissant de la lune.
Samuel Palmer, par ses scènes champêtres ressuscite le monde pastoral de Virgile, mais aussi celui de la Bible qu’il illustre en particulier avec les motifs du blé et de la vigne - préfiguration du pain et du vin de l’Eucharistie (que Poussin a déjà employés, par exemple, dans L’été et L’automne).
J’aimais beaucoup ces images qui me rappelaient si poétiquement les longs soirs d’été de mon enfance, - quand les paysans moissonnaient jusqu’à la nuit et qu’on entendait dans la pénombre cahoter lourdement, sourds craquements des roues par les chemins de terre, les chariots qui rentraient des champs, brinquebalant leurs énormes entassements de gerbes.
Lonely Tower, c. 1879, 16.5 x 23.3, New York, The Metropolitan Museum of Art.
Quelques années avant sa mort en 1884, après une période où son art était devenu plus conventionnel, Samuel Palmer, retrouve la vigueur créatrice de sa jeunesse : on reconnaît dans
Tour solitaire l’inspiration bucolique, - davantage marquée par le Romantisme.
A gauche sur un chemin longeant l’abrupt d’un ravin, passe un chariot bâché tiré par des bœufs qu’un homme conduit. On discerne à l’intérieur, faiblement éclairée par une lanterne, une silhouette avachie.
De l’autre côté du ravin, près de leurs moutons endormis, deux personnages, silencieux, l'un allongé dans l’herbe , l'autre assis, contemplent au loin sous le ciel étoilé une tour, solitaire : à sa fenêtre, une lumière brille, mystérieuse présence, - tandis qu’à l’horizon vers le bois au-dessus de dolmens le croissant de la lune se lève, inondant le ciel de sa clarté blafarde.
De telles images ont longtemps illustré les étés de mon enfance à la campagne, tout en les idéalisant, - et rappellent le nocturne halluciné qui clôt
Booz endormi :
Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,
Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.
10/07/07 - 20:18
Merci, c'est superbe ! Palmer était-il croyant ? Quaker ? Influence de Wesley ?
vinc-lm