VERMEER : LA LEÇON DE MUSIQUE (c. 1662-1664, 74 x 64.5, Royal Collection, St James’ Palace)
1
Là, tout n’est qu’espace ordonné, lumière subtile, - et silence
après que la jeune femme debout à son virginal eut égrené dans l’aigu les dernières notes d’une sonatine.
Et son visage se lève à droite vers cet homme debout que l’on voit de profil, vêtu d’un riche habit (amples manchettes blanches, large col de dentelle et cordon en bandoulière) - dont l’avant bras droit repose au bord de l’instrument tandis que sa main gauche s’appuie sur une canne.
Il semble regarder les doigts de la jeune femme et entrouvre les lèvres.
Est-ce le maître de musique commentant le jeu de son élève ?
Un ami qui chanterait et que la musicienne accompagnerait au virginal ?
Un visiteur considérable qui la complimenterait
après qu’elle eut égrené dans l’aigu les dernières notes d’une sonatine ?
Là tout n’est qu’espace ordonné, lumière subtile et silence.
2
On est surpris : leur intimité est suggérée en effet par la distance, d’abord mesurée par la puissante perspective du carrelage en oblique - carreaux de marbre blanc veiné encadrés de carreaux bleu sombre qui séparent du premier plan les deux personnages, - debout au fond de la pièce, elle vue de dos, lui de profil tourné vers elle, comme
barricadés par la viole de gambe reposée sur le sol et la chaise aux garnitures bleu pale, - et surtout à droite jusqu’au premier plan par la table monumentale (où se trouve posé un pichet en faïence, d’un blanc éclatant) recouverte d’un somptueux tapis persan dont les plis aux angles retombent lourdement en biais.
La lumière tombe à gauche latéralement, - dessinant sur le mur du fond de délicats triangles d’ombre, surtout dans l’angle inférieur, et à droite du miroir suspendu au-dessus du virginal, indiquant ainsi son inclinaison vers l’avant.
Là se reflètent le visage de la jeune femme se tournant vers la droite, et au-dessus, les pieds du chevalet sur lequel doit être placé le tableau que peint Vermeer, - en réalité celui que nous regardons.
3
Entre la musicienne et l’homme, un intervalle suggère la distance polie, la réserve. Sur le couvercle du virginal on peut lire : « M U S I C A * L E T I T I AE * C O [N S O R] S * M E D I C I N A * D O L O R [U M] : «La musique est sœur de la joie, - et remède des douleurs ».
De quelles secrètes douleurs la musique serait-elle ici le remède ?
Ou la sœur de quelle muette joie ?
Là tout n’est qu’espace ordonné, lumière subtile et silence.
09/06/07 - 19:59
je ne connais pas ce Vermeer, n'étant jamais entré dans le palais St James, mais j'aime ceux du Rijkmuseum et du Louvre
syknancy