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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

09/06/2007

09/06/07 - 19:34

VERMEER : LA LEÇON DE MUSIQUE (c. 1662-1664, 74 x 64.5, Royal Collection, St James’ Palace)






1


Là, tout n’est qu’espace ordonné, lumière subtile, - et silence

après que la jeune femme debout à son virginal eut égrené dans l’aigu les dernières notes d’une sonatine.

Et son visage se lève à droite vers cet homme debout que l’on voit de profil, vêtu d’un riche habit (amples manchettes blanches, large col de dentelle et cordon en bandoulière) - dont l’avant bras droit repose au bord de l’instrument tandis que sa main gauche s’appuie sur une canne.

Il semble regarder les doigts de la jeune femme et entrouvre les lèvres.

Est-ce le maître de musique commentant le jeu de son élève ?

Un ami qui chanterait et que la musicienne accompagnerait au virginal ?

Un visiteur considérable qui la complimenterait

après qu’elle eut égrené dans l’aigu les dernières notes d’une sonatine ?

Là tout n’est qu’espace ordonné, lumière subtile et silence.


2


On est surpris : leur intimité est suggérée en effet par la distance, d’abord mesurée par la puissante perspective du carrelage en oblique - carreaux de marbre blanc veiné encadrés de carreaux bleu sombre qui séparent du premier plan les deux personnages, - debout au fond de la pièce, elle vue de dos, lui de profil tourné vers elle, comme barricadés par la viole de gambe reposée sur le sol et la chaise aux garnitures bleu pale, - et surtout à droite jusqu’au premier plan par la table monumentale (où se trouve posé un pichet en faïence, d’un blanc éclatant) recouverte d’un somptueux tapis persan dont les plis aux angles retombent lourdement en biais.

La lumière tombe à gauche latéralement, - dessinant sur le mur du fond de délicats triangles d’ombre, surtout dans l’angle inférieur, et à droite du miroir suspendu au-dessus du virginal, indiquant ainsi son inclinaison vers l’avant.

Là se reflètent le visage de la jeune femme se tournant vers la droite, et au-dessus, les pieds du chevalet sur lequel doit être placé le tableau que peint Vermeer, - en réalité celui que nous regardons.


3


Entre la musicienne et l’homme, un intervalle suggère la distance polie, la réserve. Sur le couvercle du virginal on peut lire : « M U S I C A * L E T I T I AE * C O [N S O R] S * M E D I C I N A * D O L O R [U M] : «La musique est sœur de la joie, - et remède des douleurs ».

De quelles secrètes douleurs la musique serait-elle ici le remède ?

Ou la sœur de quelle muette joie ?

Là tout n’est qu’espace ordonné, lumière subtile et silence.

commentaires

09/06/07 - 19:59

je ne connais pas ce Vermeer, n'étant jamais entré dans le palais St James, mais j'aime ceux du Rijkmuseum et du Louvre

09/06/07 - 20:14

J'aime toujours beaucoup tes analyses de tableaux.

09/06/07 - 20:14

(Pardon, je vous ai tutoyé)

09/06/07 - 22:44

Griffin, tu es tout pardonné.

Euh ... ! Pardon, je vous ai tu...

10/06/07 - 01:32

Ce n'est pas un virginal mais un muselaar. Le virginal a le clavier déporté sur la gauche, là il est sur la droite donc…

10/06/07 - 01:33

De plus la sonate n'existait pas encore, encore moins la sonatine. Au mieux ce serait une suite.

10/06/07 - 12:30

Je n'allais tout de même pas écrire "La jeune fille debout à son muselaar ..."

Quant à la sonatine, le mot a été choisi parce qu'il sonnait joliment, et opportunément, - votre érudition dût-elle en souffrir ...

10/06/07 - 22:34

C'est tableaux sont très beaux dans les musées mais ils produisent un effet très vilain dans une maison moderne. une fois j'ai rapporté un poster de cette peinture et je l'ai encadré. ça a tellement enlaidit la chambre que je l'ai jeté à la poubelle.

Tu devrais nous parler de tableaux plus modernes comme ceux du Douanier Vadrumbek. J'en ai mis un chez moi et c'est sublime.

11/06/07 - 01:32

Hiroshi Sugimoto, La leçon de musique de Vermeer, 1999
photo prise au musée de cire d'Amsterdam, notez le clin d'oeil subtil que fait le photographe dans le miroir...!)

11/06/07 - 10:50

En effet.

Je note aussi qu'on a volé la viole de gambe, la chaise et probablement le pichet sur son plateau ...

Quant au "muselaar", il a été raccourci : une sorte d'épinette ?

11/06/07 - 11:31

En fait, la version "bonhomme de cire" du musée est assez mauvaise, ils n'ont rian compris à l'oeuvre originale...elle ne supporte pas la comparaison, mais Sugimoto joue justement avec le côté maladroit, il prend souvent comme sujet des mannequin genre madame tussaud's. Il opte toujours pour le noir et blan, ce qui ici rend certainement cette "reconstition" plus potable en photo qu'en vrai!!

11/06/07 - 11:34

(je me rends compte que j'écris trop vite, désolé pour les fautes de frappe, voire les oublis de lettres !)

11/06/07 - 11:50

Finalement, la photo montre qu'en effet ce type de reconstitution n'a rien saisi du génie de l'artiste : notamment dans ce tableau, l'extraordinaire "géométrie", dont le point de fuite est décentré.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13