J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

27/04/2007

27/04/07 - 21:34

DÉLIÉ


[…]
Je trouvais que mon ami Benoît et plusieurs de ses amis avaient l'esprit délié contrairement à moi qui ai souvent l'impression d'être attaché à quelque sol, embourbé, lourd, grave, comme si quelque chose de ma mère m'attachait, me retenait, m'empêchant ainsi d'accéder à l'abstraction. Comme si je me trouvais attaché à la lettre, et incapable d'opérer le détachement nécessaire pour accéder à l'esprit.

Cela expliquerait assez bien mon goût pour les descriptions de choses et surtout d'images, où je m'efforce à rendre le plus littéralement, le plus matériellement avec les mots ce que j'ai perçu, ayant les plus grandes difficultés, voire étant incapable d'en découvrir le sens.

Les descriptions sensibles de tableaux que j'ai faites autrefois prétendaient rendre compte le plus exactement possible de ces images uniquement par les mots et leurs combinaisons en phrases. Mon unique souci était la lettre. J'excluais toute interprétation, je ne voulais rien savoir du sens du tableau, rien de l'esprit.
Je savais seulement que ces tableaux décrits ne l'étaient pas au hasard, qu'ils théâtralisaient en les mettant en scène certains fragments de ma vie, divers sentiments qui m'avaient submergé alors et laissé stupéfié, interloqué, - incapable de rien dire (comme reste interdit le jeune Valet découvrant le corps de Saint Alexis dans le tableau de G. de La Tour).

Je me demande si je pourrai jamais opérer ce détachement qui me rende l'esprit délié.

(Certes, il m'arrive d'avoir cette sensation d'esprit agile (ce qui n'est pas exactement délié) lorsque je parle d'un sujet qui me passionne : sorte de parole très vive, aisée, allègre, heureuse, jouant librement.)
[…]

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13