PARLER DE SOI AUTREMENT (ETUDE POUR AUTOPORTRAIT - TRIPTYQUE)
1
Chardin, La raie (114.5 x 146, Paris, musée du Louvre)
La raie pendue contre la muraille, - éventrée, viscères rose rougeoyant exhibés, - nacre de la peau, - et ces yeux, cette bouche, avec comme un monstrueux sourire sur les lèvres épaisses… Cruauté du chat tout hérissé, la queue dressée, - ou peut-être horrifié par les huîtres…
A gauche, le vif : le chat, les huîtres, les carpes, et trois poireaux ; à droite, les choses : sur la nappe blanche négligemment repliée, une cruche en terre vernissée, une casserole de cuivre au fond étamé, un flacon bouché, et derrière, obliquement appuyée sur le bord d’un chaudron en cuivre jaune renversé, une écumoire. Sortant d’un repli de la nappe, vers l’avant, comme pour signer le savoir-faire à représenter la profondeur, un couteau posé en biais, dont le manche dépasse le bord de la table.
2
Chardin, La brioche (47 x 56, Paris, musée du Louvre)
M’évoque par sa composition, - et par contraste - cette vanité si nue de Philippe de Champaigne : au centre, où trônait frontalement la tête de mort, la brioche, massive, mordorée, moelleuse et blonde là où la pâte souplement boursouflée forme comme un tertre dont le versant abrupt serait ensoleillé. Sur le sommet, on a planté une branchette d’oranger que parent, de leur blanc arrondi, quelques fleurs en boutons parmi les feuilles ; à gauche, à la place de la superbe tulipe intensément colorée, la délicate petite porcelaine de Sèvres, ornée de motifs qu’entoure une arabesque d’or. Le couvercle est coiffé d’une rose en fine et précieuse matière ; à droite, où se dressait le sablier, un flacon à haut col (contenant un vin cuit) clos par un cabochon doré ; et par devant, offerts à l’œil gourmand, à gauche deux pêches, à droite, trois minces biscuits et trois cerises. La « vanité » devient paisible jouissance des sens. Le « memento mori » est oublié un instant.

Philippe de Champaigne, Vanité (28.4 x 37.4, Le Mans, musée de Tessé)
3
Chardin, Trois pommes d’api, deux châtaignes, une écuelle et un gobelet d’argent (33 x 41, Paris, musée du Louvre)
L’intimité de ce petit tableau : sobriété, bonheur de la disposition : chaque chose, si nécessairement à sa place. L’argent coloré du gobelet, où se reflètent, déformées, les trois pommes jaune et rouge, luisantes ; le simple évasement de l’écuelle en faïence, où s’appuie la cuiller ; le cuir brillant des deux châtaignes.
19/04/07 - 00:43
Merci pour ce Champaigne! La vérité qui nous regarde, fixe droit dans nos yeux. Merci.
foehn