03/04/2007« J’ATTENDS QUELQU’UN » DE JEROME BONNELL.

Le titre de ce film en résume le scénario : cinq individus, dans leur présent, attendent vaguement quelque chose, qui devrait être un autre individu, - un autre qui transformerait leur quotidien.
Louis (Pierre Darroussin), patron d’un café-restaurant, nature nonchalante, espiègle et mélancolique, divorcé, lutine sa serveuse, lit pour la quatrième fois L’Education sentimentale, feint de s’étonner quand les autres s’en étonnent, retrouve le vendredi Sabine (Florence Loiret-Caille), une petite prostituée avec laquelle il s’entend bien, passe de tendres et bons moments comme feraient des amoureux, et qu’il paie.
Sa sœur Agnes (Emmanuelle Devos) est institutrice, mariée à Jean-Philippe (Eric Caravaca), un gentil journaliste qui oublie qu’il pourrait faire l’amour à sa femme. (Très jolie scène au lit où celle-ci réveille le mari en croquant une carotte crue, laquelle va servir de micro à une interview mutuelle sur leur situation conjugale !). Ils n’ont pas d’enfants.
Stéphane, (Sylvain Dieuaide) sorte d’adolescent attardé, gueule d’ange en vadrouille et chômeur, revient dans la petite ville où vivent ces personnages. Il rôde autour d’une maison, téléphone à sa locataire depuis une cabine, mais repose le combiné quand on lui parle, la suit quand elle sort avec une poussette. Par toutes sortes de stratégies minuscules, il entrera dans cette maison et parviendra à voir ce qu’il voulait voir.
Entre-temps il aura réveillé la sensualité de la belle institutrice, qui alors emmènera en forêt son gentil mari pour une promenade canaille - des plus drôles pour le spectateur.
Mais l’événement attendu est survenu pour eux : à défaut d’un bébé (peut-être), un briard confié au gentil mari dans une situation d’urgence. Survient pour Stéphane : le rejet violent, la nuit, la détresse ; pour Sabine : un bébé ; pour Louis : l’absence et le départ.
Ce qui nous vaut de belles images d’hommes qui pleurent. Darroussin, (malgré lui, malgré elle ?) renvoyé à sa mélancolie, pleure maladroitement. Il est poignant.
Sabine s’en va, mais dans le train qu’elle a pris, non loin d’elle on retrouve Stéphane, et quand Louis rentre dans son café restaurant, la dame aux trois chiens (deux westies et un bichon) (que l’on a vue traverser la scène plusieurs fois) passe, se retourne, semble hésiter, entre dans le café.
Des possibles, mais rien de plus. Quant au briard (appelé Le chien), il clôt le film de manière un peu triste et drôle : on sourit …
La mise en scène est vive, sans gesticulation inutile, révèle efficacement les caractères, articule avec clarté le déroulement de l’intrigue. Les acteurs sont étonnants de « vérité », de liberté ; en particulier Emmanuelle Devos, d’une légèreté et d’une vivacité surprenantes ; Florence Loiret-Caille, touchante de simplicité et de brusquerie ; et Jean-Pierre Darroussin, qu’on sent tellement humain, si attentif aux êtres sous son apparente nonchalance.
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| Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Montaigne, Essais, III, 13
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