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Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

06/03/2007

06/03/07 - 21:19

OU SURVIENNENT CY TWOMBLY PUIS ROLAND BARTHES.





Cy Twombly, The Italians, 1961 (200 x 259,6 cm, M.O.M.A.)



1


Je me rappelle qu’en mai 1979, mon ami Benoît m’avait parlé de Cy Twombly, dont l’œuvre m’était alors inconnue. Il m’avait prêté le catalogue d’une exposition de cet artiste au Musée d’Art moderne de la ville de Paris.

Devant le gribouillage d’enfant en colère intitulé Vengeance of Achilles je ne comprenais pas comment mon ami pouvait admirer çà.

Puis j’avais regardé à nouveau certains dessins qui peu à peu retenaient mon attention ; en particulier Aristaeus mourning the loss of his bees.



Le vers de Virgile devenant graphisme rêveur, la craie grasse verte estompée, les allers et retours appuyés du crayon noir animaient la page avec une élégance étrange.

L’allusion littéraire à l’histoire d’Aristée pleurant la perte de ses abeilles, dont les lettres mêmes, dont la lettre se métamorphosaient en peinture me procurait plus que du plaisir, - un désir curieux pour cette œuvre, un vague désir d’œuvrer moi-même.



2


En novembre de la même année, me trouvant à Paris, j’étais allé à la librairie du Musée d’Art moderne pour acheter ce catalogue de 1976. Evidemment il n’y en avait plus. L’objet était d’autant plus désirable. Je me surpris à insister. Un jeune homme se proposa de regarder dans la réserve. J’attendis un peu. On me rapporta le catalogue, qui me fut remis gracieusement. Je ne savais comment exprimer mon bonheur.

Je me précipitai dans le métro, devant retrouver Roland Barthes chez lui. J’étais un peu en retard. L’ayant prié de m’excuser, avec enthousiasme je lui racontai ma chance.

Alors il me sourit, me regarde un instant, passe dans son bureau.

Il revient, et me tendant un catalogue : « Tiens, dit-il, c’est pour toi, puisque tu aimes … ».

Je regarde et lis :



C’était le catalogue d’une exposition de l’artiste au Whitney Museum, qu’il avait préfacé cette année-là.

Ce fut pour moi un de ces moments où l’on a le sentiment d’être béni des dieux.

Cette préface intitulée Sagesse de l’Art est l’un des plus beaux écrits que je connaisse sur la peinture.

commentaires

06/03/07 - 21:24

J'ai découvert Cy Trombley l'année dernière à la Modern Tate à Londres et je suis resté un long moment devant le quadriptyque des saisons.

06/03/07 - 21:43

Cy Twombly une rencontre éminemment poétique. En discuter avec R. Barthes a sans doute été un immense plaisir. Tu as eu de la chance de le connaître.

06/03/07 - 22:17

Oui.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13