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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

22/02/2007

22/02/07 - 21:16

FRANCIS BACON : LES TRIPTYQUES (III 2).

1


Le 24 octobre 1971, s’ouvrait au Grand Palais une rétrospective de l’œuvre de Francis Bacon.

L’avant-veille, celui-ci rentre à son hôtel, rue des Saints–Pères.



Dans la chambre, il découvre son amant George Dyer, affaissé sur la cuvette des WC. Il s’est suicidé avec un mélange d’alcool et de médicaments.

Cet événement bouleverse Bacon et l’inspirera dans la réalisation de trois triptyques qui comptent parmi ses chefs d’œuvre.

Le second, le Triptyque, Août 1972 (Tate Gallery, Londres) est probablement son œuvre la plus poignante.



A gauche, se détachant sur l’obscurité d’une embrasure, la silhouette nue de George Dyer est assise sur une chaise. La tête est dirigée vers la droite, yeux clos, le bas du visage comme tuméfié ; la jambe gauche est posée sur l’autre.
Mais toute une partie du torse et des bras est absente, comme absorbée par l’ombre noire de l’embrasure, - tandis que la jambe droite semble s’être confondue au gris du sol.
De la chaise dégouline une masse ectoplasmique rosâtre qui semble résorber les parties évanouies du corps. Une épaisse giclure blanche coule le long du pied droit et disparaît avec la jambe gauche.

Au centre, sur le seuil de l’ouverture et menaçant de basculer dans l’ombre noire, se débat l’étreinte orgasmique de deux corps. Bacon reprend une image qu’il a déjà utilisée plusieurs fois, une photo de Muybridge montrant deux lutteurs au moment où l’un plaque l’autre au sol.
Une tache mauve rosé ovale se répand de dessous les corps.

A droite, le lieu est exactement symétrique du premier panneau, et sur l’ombre noire se détache une silhouette assise dans la même position qu’à gauche, mais c’est la jambe gauche qui est posée sur l’autre. La tête yeux clos, un peu penchée, évoque plutôt Francis Bacon lui-même.
De la jambe repliée se forme une excroissance ectoplasmique ou de matière osseuse rose et bleuâtre.

Ce triptyque mêle comme dans un rêve l’accablement d’une veillée funèbre, l’idée de la décomposition des corps, et le souvenir obsédant du désir accompli.


2


Aussi bouleversant, le Triptyque, mai-juin 1973 (Collection particulière, Suisse).



L’espace est exactement le même dans les trois volets : un sol gris beige, un mur droit cramoisi s’ouvrant sur une pièce plongée dans l’obscurité. Au bord gauche du chambranle à gauche, au bord droit du chambranle à droite, un interrupteur électrique.

A gauche, dans l’ombre noire, assise sur une cuvette en faïence, une silhouette nue est effondrée, le dos rond, la tête sur les genoux. Tache rouge sur l’oreille, disque blanc au genou, giclure blanche au talon, comme un aiguillon. Sur le sol, une flèche épaisse et courte est dirigée vers la cuvette. L’ombre déborde un peu le seuil.

Au centre, la tête d’un homme et le haut du torse sortent de l’obscurité que n’éclaire pas pourtant une ampoule électrique au reflet jaune. Les yeux sont clos, la bouche se dédouble, des traces rouge orangé tachent le visage livide dont la tempe et la pommette gauches brillent. Presque à hauteur du sol, débouche un conduit. Du lieu obscur, déborde le seuil et se répand comme un liquide noir une ombre dessinant vers l’avant le contour d’une chauve souris renversée, deux ovales noirs de part et d’autre d’une forme munie de deux appendices parallèles.

A droite, le torse se projetant sur un lavabo, un homme yeux clos vomit des caillots de sang. Une longue et fine giclure blanche part de l’oreille comme un lasso et s’arrondit écrasée au-dessus des épaules. Sur le sol une flèche épaisse indique le lavabo. L’ombre déborde le seuil.

Ce triptyque est très dépouillé, frontal, - rien ne distrait le regard de ces épiphanies surgies de la nuit des morts comme pour une commémoration funèbre.
La grandeur de l’évocation impose le silence.

commentaires

22/02/07 - 21:58

La beauté de ce post impose le respect. :)

22/02/07 - 23:55

Quitte à faire ma drama queen, je suis confus par cet article.
Presque outré.
Quasi en colère.

Plus que devant les choupinous prépubères et les petits chats à la con, tous autant qu'ils sont s'adonnant à des léchouilles.

Je ne sais pas quel degré d'insensibilité vous avez atteint pour écrire si froidement, si impersonnellement sur ces triptyques. Mais une chose est sûre, c'est ibdépassable !

Sauf votre respect, j'ai très envie de vous blacklister pour tant d'insensibilité analytique.

24/02/07 - 11:55

A Mayhem

Que sont les mots face à l'indicible?

La description analytique "froide" est l'outil indispensable pour transcrire en mots le non verbal qu'est la peinture...et donc la comprendre, et qui peut apprécier sans comprendre?

Apax le fait ici avec talent et humilité...et certainement pas sans sensibilité, au contraire!

encore une chose... ne pas confondre sensibilité et sensiblerie...

Bien à vous!!!

25/02/07 - 01:00

Merci à Occhiolino, et à bear4u, cela va sans dire : ils ont tout compris.
Mais je crois que Mayhem a tout compris aussi, et le dit à sa manière, - et je le remercie.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13