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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

21/02/2007

21/02/07 - 00:28

FRANCIS BACON : LES TRIPTYQUES (III 1).

1


Le triptyque a d’abord été un dispositif de composition religieux, qui plaçait au centre de trois volets pour le magnifier l’un des grands événements de l’Evangile, et en particulier la Crucifixion.
Aussi le triptyque a-t-il pour effet une dimension solennelle voire sacrée qui en impose.

Le premier triptyque peint par Bacon est constitué des Trois études de figures au pied d’une crucifixion de 1944. L’artiste n’a pas représenté le crucifié, ne retenant que trois êtres exprimant leur douleur : l’un à gauche sur une sorte de piédestal, omoplates arrondies, se recroqueville. Le second au centre, placé juste derrière le piètement d’une table, tient de l’autruche, sorte de Marie-Madeleine se voilant la face et criant. Le troisième est plus impressionnant et jette l’effroi : animal planté sur une jambe unique, le cou tendu, hystériquement il hurle, bouche dentée grande ouverte.



Il s’agit des trois Erinyes, - les Chiennes du Remords, figures sacrées qui poursuivent Oreste pour son crime (afin de venger son père, il a tué sa mère). Cette trilogie d’Eschyle, l’Orestie, était l’une des références fondamentales de Bacon. D’ailleurs, l’un de ses derniers grands chefs d’oeuvre sera le Triptyque inspiré de l’Orestie d’Eschyle, de 1981.

Avec les Trois études de figures au pied d’une crucifixion le peintre a manifestement découvert une forme qui lui est propre : désormais les trois panneaux composant un triptyque auront toujours les mêmes dimensions : 198 cm x 147 cm.

Bacon reprend cette forme en 1962 avec le triptyque intitulé Trois études pour une crucifixion (The Guggenheim Museum, New York).



Dans chacun des volets latéraux, une carcasse de viande (évoquant Le Bœuf écorché de Rembrandt et déjà exaltée dans Peinture, de 1946 (198 x132, The Museum of Modern Art, New York)) se trouve exhibée, impressionnante.

L’espace y est défini par un mur courbe rouge sang (et des ouvertures noires, sauf dans le dernier volet) tandis que le sol est rouge orangé.

Dans celui de gauche, - écartées, deux moitiés de carcasse sont posées sur le plateau d’une table et vues de dessus. Debout derrière, deux personnages sont comme pris dans un mouvement de toupie et semblent figurer des témoins.
Dans le volet central, sur un lit, un corps aux jambes recroquevillées a été massacré : le crâne éclaté a la bouche entrouverte.
Dans celui de droite, au milieu, contre une large planche verticale, une gigantesque carcasse est suspendue la tête en bas, bouche ouverte. (Bacon dit qu’il s’est inspiré du Christ de Cimabuë, qu’il a renversé). La viande semble dégouliner et s’agglutiner au pied de la planche. Derrière, un motif d’os allongés, articulés entre eux, forme un vague cercle.

En 1965, Bacon a réalisé un autre triptyque intitulé Crucifixion (Staatsgalerie Moderner Kunst, Munich).

Ce que Bacon met en scène dans ces triptyques, c’est sa vision tragique de la condition humaine, bien qu’il se soit toujours gardé de le dire. Les quartiers de viande rappellent la violence de la mise à mort, - et leur crudité, image des grands événements de la vie, touche d’autant plus directement le système nerveux.

commentaires

21/02/07 - 14:38

splendide. à couper le souffle.

21/02/07 - 15:21

J'espère que non ;-)

22/02/07 - 08:45

Grâce à vous, mon cher, Bacon le mal compris, devient si proche...merci

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13