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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

06/01/2007

06/01/07 - 21:40

G. DE LA TOUR : L’APPARITION DE L’ANGE A SAINT JOSEPH



L’Apparition de l’ange à saint Joseph est certainement le tableau le plus poétique de G. de La Tour, et l’un des plus beaux du XVIIème siècle.

J’y admire d’abord le silence de cette « nuit » : terre d’ombre qu’adoucit et réchauffe « l’éclairante flamme d’une bougie » occultée. Le vieillard qui méditait la Bible (probablement) s’est assoupi. Le livre a échappé à son attention. Il dort profondément, la bouche entrouverte.

Mais ce que nous voyons est aussi son rêve, l’apparition dans le rêve, - silhouette soudain surgie dont la substance est d’ombre et de lumière, - profil perdu illuminé, - la mèche de cheveux lisses contournant l’oreille. Tandis que le bras droit à contre-jour s’avance pour toucher le vieil homme et l’éveiller, - la main gauche, « à hauteur de l’épaule en un geste gracieux soulevée horizontalement » semble expliquer le message que la bouche énonce.

Le contraste est saisissant entre le vieil homme sombré dans un sommeil lourd (son corps semble fait de terre) et la délicate silhouette de l’ange. A l’austère ceinture cinabre répond l’écharpe de l’ange, précieuse « coulée de perles et de jais que la flamme allume ».

On pense que la scène représente l’un des trois songes de Joseph, selon Saint Matthieu. Un Ange en effet lui apparaît une première fois pour le dissuader de répudier Marie, sa fiancée, dont il a découvert la grossesse : il lui révèle que « ce qui a été conçu vient de l’Esprit Saint ». Après la naissance de Jésus, l’Ange apparaît de nouveau pour presser Joseph de fuir en Egypte avec l’enfant et Marie. Enfin l’Ange lui réapparaît pour annoncer qu’Hérode étant mort, l’Enfant n’est plus menacé : ils peuvent donc retourner en terre d’Israël.

Je penserais que le tableau représente plutôt le premier rêve de Joseph : cette situation expliquerait davantage la présence de la Bible : avant qu’il ne s’assoupisse, Joseph y aurait recherché quelle conduite avoir envers sa fiancée enceinte. Et ainsi, cet ange sans ailes serait Jésus, l’Enfant conçu, - magnifié en quelque sorte, livrant le premier message, - dans une image paradoxalement plus réaliste, et plus poétique.

D’ailleurs, cette substitution de l’Ange par l’Enfant divin lui-même correspond à la logique métonymique des rêves : un personnage se substitue à un autre.

Et cette hypothèse paraît confirmée par un autre tableau de G. De La Tour (peint à la même époque), - Saint Joseph charpentier : on y retrouve la même atmosphère nocturne, et surtout, l’enfant qui a posé pour Jésus est le même qui a posé pour l’Ange : les profils, inversés, sont presque identiques.

commentaires

06/01/07 - 22:10

:-)

Oui, La Tour pour le silence de la nuit, et Vermeer pour le silence du jour.

07/01/07 - 19:39

Et chez l'un et l'autre la "grâce" de l'instant suspendu.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13