J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

27/08/2007

27/08/07 - 23:46

AU MUSEE D’ORSAY : DE CEZANNE A PICASSO.





Choc en voyant pour la première fois le si connu Gilet rouge de Cézanne.
Avoir su donner au modèle tant d'élégance et de rêverie ! Quel portrait magnifique !

Pris au Café des Hauteurs vers 16 heures 30 une part de tarte aux myrtilles et un café, vlan : 7 euros 60.

Mais presque en face de moi, de l’autre côté de l’allée, superbe paire de cuisses écartées musculeuses et velues.

On les lui lècherait et caresserait à pleines mains méticuleusement (met quoi ?). Mais le regard sans en avoir l’air erre ça et là, la grande horloge vue de derrière, sa cuisse gauche étalée, la vivacité du serveur, le short large mais renflé à droite, ma voisine qui écoute yeux gros ouverts l’homme qui en face d’elle lui explique les conséquences des irrégularités aux dernières élections en Floride, ses mollets galbés et velus, je suis hanté, ses cuisses ! ses cuisses ! ses cuisses !



23/08/2007

23/08/07 - 12:19

FRANCIS BACON, DEUX FIGURES , (1953, 152.5 x 116.5 cm, coll. Part.)(article modifié)





- Ce tableau est terrible ! m’écrit mon ami C..
- Tout à fait d’accord.

Pourtant j’avais été frappé d’abord par la gaucherie, l’embarras des deux personnages en train de faire l’amour : l’homme qui est au-dessus semble vouloir pénétrer son partenaire, mais celui-ci n’est pas en position de l’être. De plus, celui qui est en dessous a la bouche ouverte, on voit ses dents, il paraît plutôt crier, son visage semble exprimer la douleur …

Il ne fallait pas manquer d’effronterie pour montrer publiquement ce tableau (il l’a été à la Tate Gallery entre 1957 et 1959) … Car l’œuvre, par son support, par ses mediums, sa monumentalité, est conforme à la peinture classique exposée dans les musées, - malgré son sujet …

Bacon y montre son homosexualité. Mais le tableau n’a rien d’un manifeste : aucun discours revendicatif n’accompagne cette œuvre, qui sera suivie de plusieurs autres sur le même thème.

Pourquoi, cette gaucherie dans la position des corps, cet embarras ? Les visages sont l’un contre l’autre dans un mouvement affectueux, mais celui qui est en dessous semble souffrir ; les torses s’étreignent, mais les ventres et les jambes ne sont pas accordés … L’impression globale que donne l’image est celle d’un assaut, d’un acte violent, comme si, pour Bacon, l’acte sexuel ne pouvait être qu’un rapport de forces. Lui-même a dit : La frustration consiste à ne pouvoir jamais être assez proches l’un de l’autre. Quand on est amoureux, on ne peut pas briser les barrières de la peau.

Jean-Claude Lebensztejn dans ses (Notes sur Bacon) rapproche cette phrase d’un extrait du De Natura Rerum de Lucrèce (superbement traduit par José Kany-Turpin) :
Cupides, leurs corps se fichent, ils joignent leurs salives,
bouche contre bouche s’entrepressent des dents, s’aspirent,
en vain : ils ne peuvent rien arracher ici
ni pénétrer, entièrement dans l’autre corps passer.
Par moments on dirait que c’est le but de leur combat
tant ils collent avidement aux attaches de Vénus
et, leurs membres tremblant de volupté, se liquéfient.

Lucrèce aussi évoque l’étreinte comme un acte violent, et parle de combat.

Or Bacon (bien qu’ironiquement avec la tête et le pied du lit suggérant un mobilier de style bourgeois, il situe l’action dans un cadre privé) fait des deux hommes deux lutteurs au corps à corps sur un ring. Pour suggérer l’étreinte sexuelle, le peintre aura systématiquement recours à cette métaphore en utilisant des photos de lutteurs par Muybridge, comme dans le panneau central des Etudes du Corps humain , 1979, (198 x 147.5 cm), Collection particulière.



Ou dans celui d’un autre triptyque de la même année intitulé aussi Etudes du Corps humain , 1979, (198 x 147.5 cm), Collection particulière.



Même si ces images n’ont plus le réalisme du tableau de 1953, certains fragments sont plus crus, tout en manifestant une puissante stylisation.

Enfin un léger voile transparent semble séparer ces deux personnages du spectateur, placé ainsi en position de voyeur : quoi qu’il ressente quand il fait l’amour, quelles que soient ses idées sur le sujet, celui qui regarde le tableau ne peut pas ne pas voir la réalité, l’embarras, le violent désespoir de l’acte sexuel tel que Francis Bacon le représente.

Image provocante à plus d’un titre, et terrible.

15/08/2007

15/08/07 - 16:39

REBUS II



On ne résiste pas à vous en proposer encore deux.

L’un, bien moral :



L’autre, assez tarte, mais surréaliste dans son « dessin » :




Solutions en fin de soirée.





14/08/2007

14/08/07 - 19:39

REBUS


Faire la poussière est une corvée. Mais la faire dans sa bibliothèque réserve parfois une agréable surprise : un livre qu’on avait oublié.



Alors, le torchon reste sur l’étagère, on ouvre, on feuillette.
On rit en lisant les solutions.

Dans la présentation, Max Favelli rappelle l’origine du rébus : Au XVème siècle, profitant de la licence du Carnaval, les clercs de la basoche (on ne soupçonnait pas la Picardie de tant d’irrévérence gaillarde) utilisaient, pour dénoncer au peuple d’Amiens les petits scandales de leur ville, des énigmes bouffonnes qu’ils nommaient (ne craignons pas d’être érudits !) De rebus quae geruntur. Formule dont la postérité ne retint que le terme susceptible d’être aisément retenu.
C’est Topor explorateur du bizarre, prospecteur de l’insolite qui a choisi dans les journaux et revues du XIXème siècle certaines des meilleures réussites en la matière et les a réunies dans ce petit livre (publié en 1964).

Un exemple :



(six girafes à ailes ) = Ci-gît Raphaël.

Maintenant à vous de jouer. Un premier, facile.



Un second, plus difficile.



(Solutions en fin de soirée).

09/08/2007

09/08/07 - 19:55

DEVOIR DE VACANCES.


A la demande de Alixx, Occhiolino, et de Burtrey, on a fait le devoir de vacances. Donc, sept "points" me concernant.

1.



Francis Bacon, Deux figures, 1953 (152.5 x 116.5 cm)



2. Manger un kiwi : chair verte compacte et fondante, saveur acidulée rappelant la fraise. Il en existe une variété à la chair jaune pâle, au goût de melon, - tout aussi délicieuse.
Je le mange à la petite cuiller, un peu comme un œuf à la coque.


3. Apprentissage de la parole quand j’étudiais en troisième Andromaque de Racine. Puis, un peu plus tard, surtout Francis Ponge. Puis libertés prises, après la lecture de Sollers (et surtout de Paradis).


4. Oui, je suis assez formaliste, mais plus que la forme je goûte l’aisance (mais fort peu le sans-gêne).


5. Besoin égal de contacts humains (les amis, les connaissances, l’épicière, le boucher - ah le boucher de mes parents à L., ses avant-bras épais et velus ! …) et d’isolement (respiration intérieure).


6. L’errance, toujours, - à travers les lieux, villes, campagnes, (passant émerveillé) ou comme hier soir dans René Char : j’étais encore un peu là-bas, retrouvant dans le livre les noms de L’Isle-sur-la-Sorgue, Lagnes, me rappelant la route entre Carpentras et Cairanne, flammes noires des ifs sur le ciel bleu et non loin, blanches et bleutées, les Dentelles de Montmirail.


7.


Cy Twombly, Anabasis, 1983 (100 x 70 cm)



Et maintenant, on invite les suivants à poursuivre la chaîne : Joy, JeanBroc, le-dandy, Griffin, Léopold, Kolokani, Bear4u.



07/08/2007

07/08/07 - 20:08

CY TWOMBLY A AVIGNON (II) : BLOOMING




A propos de mon dernier post sur l’exposition Twombly à Avignon, un ami avait regretté que ses photos ne lui aient pas permis de se représenter ce que j’évoquais. J’étais tout à fait d’accord, mécontent de celles que j’avais trouvées sur le Net.

C’est ainsi que je voulus au moins feuilleter le catalogue de l’exposition, - qui n’était pas à la FNAC, mais que je trouvai ailleurs.

Tout de suite ce livre m’a séduit par sa jaquette, - le détail d’une des peintures (trois pivoines rouges sur fond jaune, - recouvert de quatre étiquettes rectangulaires où figurent le nom du peintre, le titre de l’exposition, le nom de l’éditeur, et Collection Lambert en Avignon.

Ouvert, le livre montrait des images magnifiques : photos de pivoines par Twombly, et Nobuyoshi Araki, cette même fleur comme motif d’une assiette en porcelaine, et d’un paravent, un détail des Branches de pivoines blanches et sécateur de Manet, les Flowers d’Andy Wahrol, et quelques œuvres montrant aussi des fleurs - sorte de jardin de l’esprit qui a certainement nourri l’imagination créatrice de TW., - et affine la sensibilité du spectateur en enrichissant son regard.

D’autres photos se rapportent directement à l’exposition : celles de François Halard montrent les enfilades du rez-de-chaussée de part et d’autre du grand salon central, certains agencements de toiles dans les salles.

Celles de Giorgio Benni présentent de nombreux détails, si somptueux qu’ils sont presque en soi des œuvres d’art et où l’on peut percevoir le geste du peintre, ses interventions subtiles sur ce qui semble accidentel, comme les coulures.

De plus, j’y retrouvais aussi les textes de ces haïku que l’écriture si libre de TW a intégrés aux peintures, comme dans l’œuvre immense où s’épanouissent cinq grandes pivoines blanches sur fond vert d’eau : The peony falls / spilling out / yesterday’s rain (La pivoine s’effeuille / répandant en gouttes / la pluie d’hier). Et, From the heart / of the peony / a drunken / bee (Partant du cœur / de la pivoine / une abeille / ivre).

Refermant le livre, le rouvrant pour le feuilleter encore, je le trouvais en lui-même si beau que je l’achetai.

Alors l’idée me vint de faire quelques photos de ce livre, ouvert, qui pourraient suggérer les espaces de l’expositions, et l’effet produit par ces toiles immenses, - mais qui seraient aussi en elles-mêmes des photos comme JeanBroc a fait sur son site Tony-Paul.

Je pense très souvent à cette exposition qui m’a redonné une sorte d’espoir, d’énergie vive, de goût pour le bouillonnement créateur de la vie.
Laisser toute tentation de se résigner, - mais résolument choisir cet émerveillement épanoui que j’ai si fortement ressenti devant les peintures de Cy Twombly.


















P. S. Mon ami Ch. m’a envoyé la lettre d’Eric Mézil (le Commissaire de l’exposition, auteur aussi du texte du livre) adressée au Monde, qui réagit à un article plutôt positif sur ce baiser rouge B. apposé par une artiste en mal de publicité sur une toile blanche de TW présentée dans la deuxième partie de cette exposition.
E. Mézil s’emporte contre les médias qui ont fait de ce vandalisme un événement du Spectacle, alors qu’ils avaient peu parlé de l’exposition elle-même : Il rappelle que porter atteinte à une oeuvre qui fait partie du patrimoine commun, c'est d'abord s'arroger le droit de privatiser ce qui appartient à tous, un acte d'égoïsme et d'égocentrisme extraordinaire.
Il conclut avec beaucoup de pertinence : Les artistes créent souvent en référence à ceux qui les ont précédés, aux maîtres anciens ou modernes, mais jamais en s'appropriant physiquement leur oeuvre. S'ils font acte d'amour, c'est justement en s'imprégnant de l'oeuvre pour en faire quelque chose de nouveau, avec leurs propres moyens d'expression, leur propre langage. La richesse de la création réside dans cette recherche, dans cet inlassable labeur sans cesse recommencé, trop sacrés pour être bafoués par des gestes faciles et destructeurs et des discours irresponsables.

 

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13