26/03/2007FRAGMENTS D’UN DISCOURS MELANCOLIQUE (2)
Tandis qu’infiniment se diluait dans l’ombre grandissante l’émouvante beauté dorée du soir - sur la mer on voyait s’éloigner un navire et progressivement mourir son lent sillage
Nous avions beaucoup bu et ri nous étions légèrement ivres
Dans la lumière des phares l’âpre paysage nocturne sans cesse surgissant engouffré glissait
24/03/2007FRAGMENTS D’UN DISCOURS MELANCOLIQUE
La nuit silencieuse aérée la claire obscurité du ciel fourmillant
Brillante et brusque pluie fine d’étoiles filantes
Il boit du raki
Sa lèvre en avant le regard baissé les sourcils se contractant soudain au milieu du front composent de façon inattendue un masque douloureux
Il tient entre deux de ses longs doigts souples son verre qu’il pose sur la table qu’il regarde
Soudain il chante en grec à tue-tête
Et l’éperdu désir de son passé en moi déchirement atroce hurle étouffé
Cette tendresse affectueuse et sensuelle qu’à cet autre il aura prodiguée avec ses grandes mains le caressant couvrant son visage de baisers
Fatigué il étend sur la table son bras y pose sa tête sa main pendant
Chant éclatant d’un rossignol nocturne
18/03/2007L’AIGLE NOIR (SAMEDI 17 MARS 2007)
Hier matin partant à mon travail (le samedi c’est tranquille, presque personne sur la route, presque personne en ville, je mets moins de 20 minutes alors que d’habitude plus de 30, ciel gris, il bruine, j’écoute le cd de Bénabar que B. m’a gravé.
J’aime bien ses textes, humour fin, c’est malin, poétique …
Mais la première fois que je l’avais écouté, je m’étais dit que la voix est un peu pépère, gentiment terne … Même si ensuite j’avais remarqué qu’elle est bien maîtrisée, et même parfois virtuose.
Je m’étais rappelé la première fois quand, adolescent, j’avais entendu un 45 tours de Barbara (« Nantes ») qu’un ami m’avait prêté … Je découvrais une voix passionnée, aussi puissante que frêle … Et tout ce qu’une voix peut exprimer de sensibilité vibrante … Et surtout les inflexions, ces glissandi où la voix semble s’évanouir sous le coup d’une émotion trop forte, avant de se ressaisir, superbe et parfois cinglante …
J’ai tout de suite aimé la voix et les chansons de Barbara. Tout de suite ses textes m’ont touché par leur qualité.
Je me souvenais aussi de son dernier cd sorti en 96 … D’abord j’avais été atterré par la voix qui me semblait abîmée, plus tendue, moins nuancée, - qui n’avait plus cette souple finesse que je lui avais connue autrefois … Mais les textes étaient bouleversants … Dès le premier titre « Il revient », j’étais saisi par le rythme haletant, obsédant. Plus loin, dans « Le couloir », Barbara évoque le monde poignant de l’hôpital : Dans le couloir / Il y a des anges / En sandales / Et en blouses blanches / Qui porte accroché / Sur leur cœur / La douceur de leur prénom.
Alors l’après-midi je suis allé à la Fnac, et me suis acheté un cd de Barbara, une compile avec « Nantes », « L’aigle noir », « Göttingen » … (Comme j’ai aimé cette chanson ! …).
Le soir je l’ai écouté … Tellement heureux de retrouver cette voix si belle, si intense, si riche dans ses intonations, - et ces paroles qui n’ont rien perdu de leur poésie … Je redécouvrais cette chanson où discrètement accompagnée par Michel Portal au saxo, sa voix murmure en fredonnant, rêveuse : Il pleut … Il pleut … Sur les jardins alanguis / Sur les roses de la nuit / Il pleut. J’avais oublié qu’elle s’intitulait « Pierre ».
Voix merveilleuse de Barbara, qui peut être ensorcelante, violente, ou si fragile …
14/03/2007SIGNE : POISSONS
Le symbole de ce signe figure deux poissons accolés et reliés par une sorte de cordon de gueule à gueule mais disposés en sens contraires. Cette dualité contradictoire m’a souvent paru correspondre à ces tiraillements qui, par exemple, m’empêchent de prendre une décision franche, et me laissent dans l’irrésolution.
Je reste fasciné par les formes et les couleurs des poissons et leurs évolutions derrière les vitres d’un aquarium. Couleurs précieuses. Dynamique nerveuse et fluidité des mouvements.
Mais toucher un poisson me fait horreur, tout comme son odeur me dégoûte. Il me serait impossible de manger du poisson cru. Je n’en apprécie la chair qu’entièrement dénaturée : panée et frite, ou accommodée d’une sauce au safran, par exemple.
J’ai manqué me noyer une première fois adolescent dans la piscine municipale. Je ne savais pas nager. J’ai glissé à la limite des deux bassins, dans celui où l’eau était plus profonde.
Je me suis affolé, m’enfonçant, remontant à la surface, avalant beaucoup d’eau en voulant crier, enfin restant au fond, sentant mes mollets se contracter, pensant alors que c’était vraiment absurde de mourir noyé dans une piscine.
Le maître-nageur m’expliqua qu’il m’avait assommé pour pouvoir me remonter sans que je me débatte. Ayant repris connaissance, j’étais surtout sensible au slip de bain et aux cuisses musclées du maître-nageur.
Mon père avait tenu à ce que je retourne à la piscine dès le lendemain.
Au moins j’y revoyais le maître-nageur.
Et peu à peu j’ai appris à nager, et même à y prendre plaisir, - malgré mon appréhension de l’eau éclaboussée sur le visage qui me coupe aussitôt le souffle.
Ainsi en Angleterre et en Crète j’aimais gagner le large et m’y prélasser seul.
Un jour d’été 80, en Crète, j’ai failli me noyer une seconde fois. J’étais au large, j’ai voulu rejoindre la plage.
J’ai senti soudain ma respiration s’amoindrir au fur et à mesure que j’avançais. J’ai cru que je ne parviendrais pas à atteindre le bord, j’ai appelé au secours, personne n’a réagi, ma respiration était presque bloquée. Soudain j’ai eu pied, j’étais sauvé.
Le lendemain, non sans appréhension, j’ai voulu me baigner. Dès que je n’avais plus pied, le symptôme respiratoire reprenait, avec la même angoisse. J’ai rejoint le bord.
Je n’ai plus jamais nagé depuis.
Mon médecin, à qui je confiais ces symptômes, m’a répondu que je devrais songer à me réconcilier avec l’eau.
Je commence, - en me mettant la tête sous la douche (ce qui m’était impossible auparavant) et en laissant l’eau ruisseler sur mon visage.
Je commence à trouver cela agréable.
Mais dimanche dernier, comme j’avais décidé de reprendre l’autoroute Metz-Nancy, après plus de deux ans où je m’abstenais de la prendre (je ne supportais plus le second passage enjambant la Moselle juste avant le grand virage de Custine - et à peine le premier), - malgré le beau temps, l’absence de tout camion, la présence amicale de J-L à mon côté, j’ai franchi le premier pont en ne cessant de ralentir, et j’ai dû m’arrêter juste après et céder ma place, l’angoisse était trop violente.
12/03/200706/03/2007OU SURVIENNENT CY TWOMBLY PUIS ROLAND BARTHES.
Cy Twombly, The Italians, 1961 (200 x 259,6 cm, M.O.M.A.)
1
Je me rappelle qu’en mai 1979, mon ami Benoît m’avait parlé de Cy Twombly, dont l’œuvre m’était alors inconnue. Il m’avait prêté le catalogue d’une exposition de cet artiste au Musée d’Art moderne de la ville de Paris.
Devant le gribouillage d’enfant en colère intitulé Vengeance of Achilles je ne comprenais pas comment mon ami pouvait admirer çà.
Puis j’avais regardé à nouveau certains dessins qui peu à peu retenaient mon attention ; en particulier Aristaeus mourning the loss of his bees.
Le vers de Virgile devenant graphisme rêveur, la craie grasse verte estompée, les allers et retours appuyés du crayon noir animaient la page avec une élégance étrange.
L’allusion littéraire à l’histoire d’Aristée pleurant la perte de ses abeilles, dont les lettres mêmes, dont la lettre se métamorphosaient en peinture me procurait plus que du plaisir, - un désir curieux pour cette œuvre, un vague désir d’œuvrer moi-même.
2
En novembre de la même année, me trouvant à Paris, j’étais allé à la librairie du Musée d’Art moderne pour acheter ce catalogue de 1976. Evidemment il n’y en avait plus. L’objet était d’autant plus désirable. Je me surpris à insister. Un jeune homme se proposa de regarder dans la réserve. J’attendis un peu. On me rapporta le catalogue, qui me fut remis gracieusement. Je ne savais comment exprimer mon bonheur.
Je me précipitai dans le métro, devant retrouver Roland Barthes chez lui. J’étais un peu en retard. L’ayant prié de m’excuser, avec enthousiasme je lui racontai ma chance.
Alors il me sourit, me regarde un instant, passe dans son bureau.
Il revient, et me tendant un catalogue : « Tiens, dit-il, c’est pour toi, puisque tu aimes … ».
Je regarde et lis :
C’était le catalogue d’une exposition de l’artiste au Whitney Museum, qu’il avait préfacé cette année-là.
Ce fut pour moi un de ces moments où l’on a le sentiment d’être béni des dieux.
Cette préface intitulée Sagesse de l’Art est l’un des plus beaux écrits que je connaisse sur la peinture.
04/03/2007SOIREE A SARREBRUCKDîné hier soir avec J.-L. à Sarrebruck dans un petit restaurant dont le cadre a beaucoup de charme (plafond bas, haute boiserie sombre ornée de gravures encadrées, et s’achevant par une corniche où sont disposés diverses poteries et petits objets de ménage en faïence). La cuisine y est simple mais soignée et savoureuse, le service efficace et discret.
Dans les années 80, toute une partie de la faune pédé de M. (distante de 70km environ) se précipitait à Sarrebruck, tandis que celle de Sarrebruck se précipitait tout autant à … M. - au Colony, LE bar gay d’alors.
Je fréquentais cet endroit qui donna assurément un caractère social à mon homosexualité : tous ceux que j’y voyais, je savais qu’ils étaient pédés, et réciproquement, eux savaient aussi que je l’étais. Nous nous reconnaissions comme tels. L’endroit était chaleureux, et très animé le week-end. On y dansait sur une petite piste (qui en fait n’était pas … homologuée).
J’y fis quelques rencontres, dont la plus marquante fut celle de J.-L., puisque nous devions avoir une relation qui dura plus de 12 ans (dont presque 10 ans de vie commune), et qui maintenant se prolonge sur le mode amical.
L’endroit a disparu depuis belle lurette … De temps à autre en ville, je reconnais vaguement telle ou telle figure de cette époque, certaines toujours aussi fringantes, d’autres un peu moins affolées, d’autres franchement déglinguées …
Pour revenir à Sarrebruck, - finalement j’en aime bien le centre, qui ne manque pas de caractère avec ses vieilles maisons restaurées, bien repeintes, ses églises baroques et son réseau de ruelles entourant la longue place du Marché Saint Jean, occupée l’été par les terrasses de café, et que domine une superbe fontaine.
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| Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Montaigne, Essais, III, 13
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