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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

21/12/2006

21/12/06 - 22:24

G. DE LA TOUR : L’ADORATION DES BERGERS (107 x 137 cm)



Ce tableau du Louvre est probablement la Nativité Nostre Seigneur que la ville de Lunéville offre en guise d’étrennes fin 1644 au Gouverneur de Lorraine, le maréchal de La Ferté.

Une dizaine de centimètres manquent au côté droit, une vingtaine en bas (ce qu’atteste une copie du Musée d’Albi), une bande a été ajoutée en haut, - de sorte que le cadrage de la scène se trouve assez différent de ce qu’il était.

Le regard est tout de suite attiré au centre par le Nouveau-né, emmailloté comme une petite momie, et couché dans une crèche (d'où un mouton tire un brin de paille). Son visage endormi est éclairé par la lumière cachée d’une bougie, qui remplace le traditionnel halo de lumière surnaturelle émanant de l’enfant.

Puis la lecture se poursuit à gauche avec la mère, dont la robe d’un rouge cinabre magnifique déploie la géométrie de son volume. Celle-là est d’une imposante dignité, la tête et le buste très droits mais les yeux baissés sur le petit, - mains jointes dévotement. Le visage paraît clos, réservé. Pourtant le rouge illuminé de sa robe embrase la pénombre. (C’est la couleur de l’Amour-Charité qui vêt habituellement Marie). Ensuite un berger (dont la main s’appuie sur son bâton) se penche avec respect. Un peu en retrait et dans l’ombre, vu de face, un autre, qui soulève son chapeau en esquissant un sourire, s’incline, - tenant dans sa main gauche un pipeau. Puis une paysanne, aux cheveux serrés par un fichu, apporte en offrande une terrine de lait.

Et tout à droite, symétriquement à la mère, mais de profil, le père, dont la main gauche à contre-jour cache la flamme d’une bougie tenue dans l’autre main. Le contraste entre le rouge cinabre illuminé et le contre-jour de la main et de la manche est très réussi.

Les personnages sont disposés en demi-cercle autour de l’enfant, selon des attitudes variées qui évitent la monotonie de l’alignement en frise.

Je trouve le visage du père émouvant, et d’une touchante humanité : en face de l’attitude très noble de la mère, sa silhouette un peu courbée suggère l’humilité. Un infime reflet de la flamme illumine son œil, qu’il paraît plisser. Essaie-t-il de comprendre le mystère de cette naissance ? En tout cas, ce visage de profil (où sur la tempe une veine serpente) est empreint d’une entière sollicitude

Totalement différent apparaît Le Nouveau-Né de Rennes, véritable icône, où G. de La Tour, en peignant strictement la réalité (sans rien du mouvement ni de la fantaisie baroque, mais dans une forme de caravagisme dépouillé de tout dramatisme) la dépasse, - atteint par sa force d’expression une dimension qu’on pourrait qualifier de spirituelle.

commentaires

21/12/06 - 22:52

"c'est de la nuit qu'est venue la Lumière"

21/12/06 - 23:24

Et, au passage, de la part d'un lecteur en avance :

JOYEUX NOËL !!!

21/12/06 - 23:39

Merci, Badinou, et joyeux prochain repassage !

22/12/06 - 17:46

Ce n’est vraiment pas ma peinture de prédilection mais tes commentaires toujours dans un équilibrisme agréable et délicat entre neutralité descriptive et subjectivité férue, donne aux bavards de mon genre, une incorrigible envie d’y saupoudrer leur grain de sel, alors pardon d’avance.

Ce qui me frappe à l’opposé de ce que tu décris, c’est qu’à mon sens le faisceau des regards ( http:// )ne se porte pas sur l’enfant mais plutôt sur la flamme, vers la lumière, exception faite du joueur de pipo qui semble comme saluer le poupon lui-même, seul personnage dont on pourrait trouver l’expression du visage spontanée, accommodée d’une joie légère et simple, contrairement aux autres protagonistes dont les figures semblent beaucoup plus empreintes d’intériorité, voire en audience, en effet les regards des deux femmes légèrement axés sur leur gauche (en psychologie cognitive un regard sur le côté tend à révéler une attention auditive) pourrait laisser penser que le groupe est à l’écoute d’un rituel psalmodié qui s’opère, peut-être le père murmure t-il des paroles pieuses, une prière, une litanie invoquant l’illumination de la vie de cet enfant dont le sommeil dans cette scène, semble encore comme empreint d’une certaine morbidité. Suivant cette hypothèse, nous pourrions interpréter cette représentation comme un rituel invitant à faire de cette petite chair enrubannée encore comme éteinte, une créature illuminée de l’entendement collectif de ses ascendances, qui élabore un être humain, un être doué de conscience, d’une lumière.

Alors me vient à l’esprit un questionnement, pour nous qui pour beaucoup (pas tous) n’aurons pas de descendance, comment et à qui transmettre la lumière de l’humanité.

Bonne fêtes de fin d’année à toi :o)

22/12/06 - 21:02

Je te remercie pour ton commentaire que je trouve très fin, très intéressant parce qu'il apporte quelque chose de subtil au regard que je porte (et d'autres, probablement) à cette oeuvre.

Effectivement les regards de la mère et du premier berger semblent converger vers la lumière de la flamme. (Je suis moins d'accord pour la paysanne qui semble avoir un léger strabisme divergent).
Ton interprétation concernant l'enfant me paraît très belle, très spirituelle (en donnant à ce terme sa plus large compréhension).

Enfin, je peux dire que ton questionnement ne m'est pas du tout étranger.

Joyeuses fêtes à toi.

23/12/06 - 21:49



JOYEUX NOEL !

24/12/06 - 14:07

Cher Monsieur, priseriez-vous davantage cet autre peintre lorrain, qui aura travaillé pour le Roi et se sera illustré dans la capitale, - à la peinture (peut-être un peu "archaîsante" par rapport à lui) de G. De Latour ?
Pourtant, Louis XIII, dit-on, fit enlever de sa chambre tous les tableaux pour n'y laisser de ce De Latour qu'un "Saint Sébastien dans une nuit" qu'il trouvait d'un goût parfait ...

30/12/06 - 19:42

quand j'ai vu pour la première fois Georges de la Tour, j'ai été surpris par le mouvement rapide du pinceau parce que j'ai l'habitude de regarder de très très près et puis le peintre pour qui est lorrain a une résonance toute particulière, il respire la lumière de notre terre.

11/02/07 - 00:38

Que les regards convergent vers la lumière n'a rien que de très naturel. "La lumière est entrée dans le monde". Et l'évangéliste ajoute "mais le siens(les contemporains du Christ) ne l'ont pas reçue. Double interprétation du peintre: les hommes ne reconnaissent pas le Fils de Dieu ("Aucun homme n'est prophète chez lui") qu'ils ont sous les yeux (le strabisme pourrait figurer l'aveuglement des hommes), mais la lumière est là qui brille dansles ténèbres, et les ténèbres ne la reçoivent pas. Terrible refus du peuple élu d'accueillir le Fils du Père!
En tout cas, Merci Apax, pour ces tableaux et pour vos commentaires.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13