06/11/2006REMBRANDT, LE RETOUR DU FILS PRODIGUE (156 x136 mm ; 1636)

La parabole du Retour du fils prodigue est, dans l’Evangile, l’un des enseignements les plus nouveaux, puisqu’il consiste à subvertir le principe du donnant-donnant, - ou de façon plus particulière, à substituer le pardon (en l’occurrence, expression de l’amour absolu de Dieu) à la loi du talion, œil pour œil, dent pour dent.
Je considère le pardon comme éminemment créateur d’une situation nouvelle, alors que le système engendré par la violence (vengeance ou représailles) perpétue l’antagonisme et nourrit la destruction mutuelle. On voit comment ce système prospère, hélas ! dans l’affrontement entre Israël et la Palestine.
La gravure de Rembrandt saisit le moment le plus fécond, - le plus bouleversant de la parabole.
On sait comment l’Enfant prodigue avait réclamé sa part d’héritage, l’avait dilapidée dans un pays lointain, puis, entièrement dépouillé de ses biens, avait décidé de retourner chez son père pour lui demander d’être à nouveau reçu chez lui.
Rembrandt montre le fils qui a tout perdu, dénudé, amaigri, le visage tourmenté, les mains jointes pour demander. Et, en une magnifique enjambée (le talon droit s’en décolle de la babouche) le père s’est élancé pour accueillir ce fils : tout son buste se penche, sa main gauche prend et soutient l’avant-bras du fils tandis que l’autre main réconforte son épaule, enfin sa tête se pose sur celle du miséreux, - exprimant toute sa compassion et sa bonté .
Voilà ce moment créateur : au lieu d’être repoussé, le fils est pris dans les bras du père, reçu contre son cœur.
Il va être relevé, remis à sa place de fils.
Un serviteur arrive, apportant des habits pour le revêtir. Derrière lui, apparaît l’autre fils, - qui ne comprend pas cet accueil contraire à la justice. Son visage se détourne de la scène comme s’il désapprouvait son père, montrant peut-être sa jalousie.
Les deux têtes et les mains, étroitement liées en un mouvement circulaire, expriment admirablement cette réunion du père et du fils.
Rembrandt, un an avant sa mort, en 1668, peint un tableau magnifique (262 x 205 cm, Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg) qui reprend ce thème du Retour de l’enfant prodigue : la scène est statique mais fixe le moment sublime du pardon et souligne le tendre amour du père : ses deux mains (différentes : la droite, longue, douce, maternelle, posée sur le dos du fils, et la gauche, large, protectrice, paternelle, sur son épaule) l’attirent dans son giron.
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| Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Montaigne, Essais, III, 13
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06/11/06 - 21:11
Merci...
Dans le tableau, des sentiments qui échappent au temps, un bien-être qui me touche profondément.
preston