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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

21/10/2006

21/10/06 - 23:27

TITIEN : L’HOMME AU GANT








Longtemps, j’ai eu besoin de miroirs où j’aurais pu me reconnaître.


C’est pourquoi, dès que j’en ai vu des reproductions, L’homme au gant de Titien m’a fasciné : j’admirais la finesse de ses traits, l’élégance de sa pose, son regard absorbé dans la rêverie, son habit sobre et raffiné.

Pourpoint noir ouvert «en pointe, depuis la gorge jusqu’à la ceinture, sur la chemise blanche plissée, à manchettes débordantes et à collerette ronde froncée d’où émerge la tête».

Dans l’échancrure brille discrètement « une chaîne d’or terminée par un médaillon décoré d’un saphir et d’une perle. »

A l’index tendu de la main droite, une chevalière. Le bras gauche repose avec grâce sur un rocher, et la main, gantée « de cuir fin gris clair artistement échancré et retroussé », tient l’autre gant.

Hypothèse parmi d’autres, - il s’agirait d’un très jeune homme de 16 ans, Ferdinand de Gonzague, jeune frère du duc de Mantoue, rentrant en 1523 d’un séjour à la cour d’Espagne. Le peintre aurait pu donner un peu plus de maturité à son modèle, qui effectivement semble avoir plutôt entre 18 et 20 ans.

Ce qui me fascinait dans ce portrait, c’était ce contraste entre l’ardente rêverie que fixe le regard - et les mains, presque disproportionnées, des mains d’homme (puissamment veinées) aux larges poignets.

Des mains prêtes à étrangler l'ennemi s’il le faut.

La gauche tient négligemment l’autre gant, mais la droite, avec son index pointé évoque déjà le commandement et l’exercice d’un pouvoir.

Vers ma vingtième année, j’étais allé à Paris uniquement pour voir au Louvre ce portrait, devant lequel j’étais resté longtemps.

Je retrouvais comme un alter ego, - un reflet idéal de la mélancolie où je m’abîmais alors.

Bien plus tard, je découvrais à Florence, au Palais Pitti, L’homme aux yeux gris appelé aussi (ce qui m’enchantait) L’Anglais - et que je trouvais désirable.

Mais surtout je voyais en lui l'alter ego où je reconnaissais ce fond d’humeur farouche en moi, - assez rebelle.







commentaires

21/10/06 - 23:50

Bien moins poétique, une autre interprétation: ne souffre t-il pas de la maladie de Dupuytren?
...

21/10/06 - 23:56

Merci Apax :-)

Ce n'est pas pour jeter un froid, mais le portrait du Louvre est (si l'on en croit ce qu'elle avait déclaré autrefois en interview) le tableau préféré d'Eve Ruggieri.

Tu l'as échappé belle, tu aurais pu tomber sur elle !

Sinon, le noir, c'est sûr que ça en jette, et puis ça va avec tout !

Je ne pense pas que ça ait de rapport avec le tableau, mais j'ai toujours été ravi de voir un homme avec une main ganté et l'autre pas.

je vous dois combien, docteur ?

22/10/06 - 00:25

Merci Apax. Je ne vois pas un jeune homme absorbé dans sa rêverie quand à moi, et cela me renvoi à ce que tu exprimes. Découvrant ces œuvres pour la première fois, je vois dans ces regards moins un caractère d’irréductibles rebelles que de magnifiques prédateurs. Des caractères aiguisés de faucons qui illustrent les valeurs de cette renaissance italienne sauvage et belle. Ou alors rebelle oui, comme pouvait l’être un Pazzi dans la cathédrale à l’instant d’assassiner un Medicis. Les mains en contrepoint de ces regards, comme des armes qui attendent en lissant un velours ou caressant un gant précieux. Nulle nonchalance dans ces postures. Les regards d’aristocrates félins, d’une acuité mortelle et faussement ennuyées.

Enfin moi j'y connais rien, mais le second surtout, là... je le croise... mmmmmm

22/10/06 - 01:18

>Farnèse :Eve Ruggieri ... Attends-voir, je crois m'en souvenir : à l'époque j'avais la télé ...

"une main gantée, et l'autre pas" ... Rhoooooo : là, ça me rapelle un excellent souvenir de lecture : Ouvertures !

22/10/06 - 02:02

> Alixx : Ton commentaire est très intéressant : mais permets-moi de m'expliquer un peu sur mon "intention" quant à ces deux tableaux : j'évoque principalement des "projections" (de ce que j'étais alors) sur ces visages.

D'autre part, L'Homme au gant pouvait être un ardent rêveur tout en étant un magnifique prédateur : là dessus je suis entièrement d'accord avec toi.

"un caractère d'irréductibles rebelles" : ce n'est pas exactement ce que j'ai écrit.
Dans la dernière phrase, j'évoque une autre "projection" : "ce fond d'humeur farouche <I>en moi</I> - irréductiblement rebelle") et cette fois sur L'Homme aux yeux gris : ce qui ne veut pas dire que cet homme était effectivement un irréductible rebelle : on n'en sait rien ...
Mais il est possible qu'il ait été, comme tu le suggères très justement, un grand félin.

Donc on te souhaite d'en croiser des comme lui pour de savoureux festins ! ;-)

22/10/06 - 02:11

M'sieur Apax, m'sieur Alixx, qu'est-ce qu'on vous sert ?…
Un homme au gant, comme d'habitude ?

22/10/06 - 07:25

Joli post. Merci.

22/10/06 - 15:22

je me souviens avoir écrit sur mon blog le souvenir que je gardais des peintures de Port Royal de Philippe de Champaigne et qu'on avait trouvé curieuse cette fascination qu'elle exerçaient sur moi. curieuse pour ne pas dire clinique.

24/10/06 - 19:59

j'ai répondu à ton mail mais me demande si celà a bien fonctionné. mon ordinateur vieillit si vite...

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13