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24/09/2006PARADIS RETROUVE : POMMES ET ORANGES (CEZANNE, ENCORE) [revu]
Cézanne, encore et encore - en ce moment les natures mortes.
Bien sûr ce qui me fascine là, c’est l’évidence de ces chefs d’œuvre, leur être-là somptueux, - même quand j’y perçois aussi presque toujours autre chose, un rien qui constitue comme un défaut, ou plutôt une incongruité.
Dans les Pommes et Oranges du Musée d’Orsay (c. 1899 ; 74 x 93) l’incongruité coexiste avec le luxe et l’abondance somptueuse, la luxuriance.
Comment expliquer en bas cette diagonale surmontée d’une forme arrondie, qu’on interprète ordinairement comme l’extrémité d’un canapé, - et dont le prolongement plus haut semble être le bout d’une table dont on ne voit que le pied vertical ?
Autrement dit, sur quoi repose l’ample nappe blanche au complexe drapé ?
En fait c’est la question qui est incongrue car elle présuppose la perspective naturaliste. Or justement, Cézanne rompt ce dispositif et brise ainsi la représentation académique. Cézanne est un iconoclaste.
Mais aussi, cette nappe « de neige fraîche » semble nous offrir ses pommes jaunes et rouges, et, dans une coupe en faïence blanche (dont le pied se fond dans la nappe), les fruits d’or que sont cinq ou six oranges, - et la sorte d’intrus qu’est le pichet fleuri au col ondulé.
Et toute cette luxuriance si vivement colorée rutile devant un fond de lourdes draperies, l’une à gauche aux dessins géométriques sombres, l’autre à droite au décor « de feuillage bleu vert sur fond beige ».
Cette nature morte est comme un Paradis, où seraient donnés à tous des fruits qui ne sont plus défendus : par son art, Cézanne a reconquis le Paradis : ses pommes n’évoquent plus symboliquement le Mal, ni la Chute ou le mystère de la Rédemption, comme dans les natures mortes des XVème, XVIème, voire XVIIème siècles. Et ses oranges ont été cueillies au Jardin des Hespérides, où ces fruits étaient censés procurer l’immortalité.
Paradis retrouvé en effet : richesse sensible de la représentation offerte comme présent absolu, arraché au temps qui passe. La blancheur de la nappe aux profonds plis ombrés de gris bleutés, les couleurs rutilantes des pommes, la faïence blanche de la coupe et celle, décorée de fleurs, du pichet, - tout reflète la sérénité de l’artiste et sa joie, son bonheur à peindre.
Cézanne a peint une nature sereine, (comme en anglais on dit still life) et, sous sa peau si richement colorée, chaque pomme est un concentré de temps aboli.
A croquer avec l’esprit, - et l’on en goûtera les saveurs longtemps.
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| Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Montaigne, Essais, III, 13
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25/09/06 - 06:04
Preuve que l'incongru, l'impossible tenue de ces pommmes sur une table ou le canapé sont ou peuvent être l'essence du sublime, de la beauté insurpassable, de ce qu'a priori l'oeil ne pouvait pas supposer d'une nappe et de quelques fruits mais c'est aussi, il ne faut l'oublier, pour cette nature donnée, mille autres offertes partout sous nos yeux, toujours : la découverte de la beauté partout. Savoir regarder plutôt que voir, apercevoir. Savoir saisir aussi. Ainsi de cette toile que nous avons achetée hier, comme un coup de foudre sous l'averse qui commençait, et qui, un fois raportée à la maison, s'avère être d'un esprit " portrait figé" à la douanier Rousseau. Une réussite.
patrick (visiteur - site web)