"CEZANNE EN PROVENCE" A AIX (III)
J’avais à peine franchi le seuil de la dernière salle consacrée à la Montagne Sainte Victoire (cette montagne des environs d’Aix, « toujours recommencée ») que j’étais pris d’une vive émotion, apercevant les six ou sept tableaux qui la figuraient.
Tous manifestaient une absolue réussite, quelque chose d’étonnant dans la diversité alors que chacun présente la montagne presque sous le même angle.
En effet, il ne s’agit pas d’une série, comme, par exemple les Cathédrales de Rouen de Monet : chaque tableau ici possède ses propres lois d’exécution, - une facture particulière.
Dans la représentation des « sensations colorantes », chaque oeuvre montrait une aventure, - aboutie.

L’exemple le plus remarquable en est celui de la Pearlman Foundation (Princeton University Art Museum, 83,8 x 65,1). Le tableau tire sa force d’une tension fondamentale : bien que d’un format vertical, il est composé horizontalement de trois bandes de hauteurs inégales.
La première en bas, ocre, indéfinie, figure le premier plan - peut-être un champ - d’où s’élancent les troncs esquissés de trois arbres qui mènent le regard au second plan, très coloré.
Celui-ci constitue la seconde bande, beaucoup plus haute, - qui représente la plaine et la vallée de l’Arc. Les touches sont mouvementées, la plupart verticales, formant une sorte de mosaïque. Les verts, les bleu sombre et l’ocre y dominent. On y discerne les pentes de quelques toits, le parallélépipède d’un bâtiment, et au fur et à mesure de l’éloignement, les taches d’ocre évoquant des maisons se fondent aux verts de la végétation.
Dans l’espace de la troisième bande la Sainte Victoire s’élève, en tons plus clairs où les bleus dominent, et se profile sur le ciel tumultueux, formé de larges touches obliques à droite, plus fluides et plus libres à gauche. Le blanc de la toile préparée apparaît çà et là, - aérant le ciel.

Et dans les autres tableaux, celui du Kunstmuseum de Bâle ou celui du Musée Pouchkine, à Moscou, - le premier plan disparaît, le regard plonge tout de suite dans un foisonnement de touches fragmentées, très contrastées. Les œuvres sont quasiment abstraites, même si Cézanne laisse subsister vers l’avant un groupe de bâtisses qui semblent rappeler la réalité.
Je sais qu’en apercevant ces tableaux j’ai été soudain ému comme s’ils manifestaient clairement la réussite absolue d’une vie.
Mais de cette émotion, j’ai perdu l’ébranlement, la vivacité, la vibration …
Et je me demande maintenant si je ne préfère pas les premières vues de la Sainte Victoire, en particulier celle du Courtaud Institute dont j’avais, avec Le Vase bleu, découpé une reproduction que j’avais épinglée sur un mur de ma chambre, adolescent.
Contemplant alors cette œuvre, je m’attardais à ce long viaduc qui franchit la plaine (et qui est en réalité une voie de chemin de fer) et j’imaginais le sifflement solitaire d’un train traversant le silence de la nuit, et dans son roulement monotone emmenant quelques rares voyageurs dont j’aurais été, - ailleurs, vers le Sud.
20/09/06 - 00:35
Ah, ça passe tt de suite mieux qd tu assumes une certaine subjectivité et parle de TES ressentis, au lieu de t'en tenir à une description "objective" :-)
RonanS (visiteur)