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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

04/09/2006

04/09/06 - 20:03

« FLANDRES» DE BRUNO DUMONT



Vu hier après-midi « Flandres » de Bruno Dumont.

Le premier plan montre une cour de ferme avec un de ces longs portillons métalliques sans beauté. La terre est détrempée, le ciel gris, le Nord comme on l'imagine.
Le premier personnage qui apparaît est un jeune fermier, -air buté, taiseux, genre beubeu, sans rien de caricatural : Demester.
Le second, est une jeune fille, Barbe, elle a « ça » dans la peau, sans hystérie apparemment : « On fait notre tour ? », et à proximité d’un bosquet, elle descend caleçon et petite culotte.
Ils font l’amour comme on satisfait un besoin naturel. Lui, est un peu essoufflé, après.

Il doit partir à la guerre avec deux autres du village ou des environs (dont un qui a fait l’amour avec Barbe, puisque Demester et Barbe ne sont que « copin-copine »).

Les séquences relatives à la guerre évoquent le désert, - soleil, pierres sèches, palmiers et montrent l’horreur à l’état pur, mais sans mouvements de caméra affolés, sans effets spéciaux (sauf, je suppose, quand on voit un jeune chef pulvérisé par une bombe - c'est-à-dire soudain réduit à une vague boule enflammée dont un hélicoptère « recueillera » les restes calcinés). Même, une certaine distance est prise avec les scènes les plus atroces : la caméra prend alors du recul.

Le metteur en scène montre comment tous les soldats sont morts de trouille, et comment cette trouille les abrutit totalement. La scène la plus atroce (entre autres) se résume au hurlement de porc qu’on égorge de celui qu’on supplicie et aux visages hébétés de ceux qui attendent leur tour.

Tout cela soulève le cœur. Pourtant, rien n’est de trop : il est clair que Bruno Dumont n’a aucune complaisance pour le sujet.

Demester a la chance d’en réchapper, il rentre chez lui avec son expérience « exotique ». Il retrouve Barbe.

Le dernier plan montre Demester marmonnant des mots, - pas encore complètement articulés, mais c’est presque des paroles, on a l’impression qu’il a changé, qu’il est moins taiseux.

Je suis sorti de la projection, effondré : ramené à une réalité que je ne connaissais que par la radio, ou les journaux : l’Iraq, Israël, le Liban, et plus en arrière, l’Algérie.

Ce film montre avec des images, avec des visages et des corps comment l’homme peut être réduit à son propre état de bête brute : la peur et la violence qui en résulte, la pulsion de mort à l’état pur.

C’est terrible à voir, - car le film ne développe aucun discours idéologique abstrait, il est d’une absolue justesse.

Il montre physiquement comment la chose militaire - loin de tous les discours héroïques qui l’auréolent de gloire- déshumanise l’individu en faisant de lui un chien de meute.

commentaires

04/09/06 - 20:21

Ca a l'air terrible, et difficilement supportable... Mais si Dumont arrive vraiment à faire ressentir ce que tu dis, ça doit être un film important. Parceque jusque là l'idée que les gens se font de la peur et de la souffrance, c'est un truc fun genre "Hostel"...

04/09/06 - 21:25

ta quel age mon gars ? ta enfin compris que l'humain est de la ....

05/09/06 - 00:06

Je ne connais pas très bien le réalisateur, à vrai dire je n'ai vu aucun de ses films, mais Flandres me fait drôlement envi (et encore plus après avoir lu ton article!!). Et "L'Humanité", c'est comment? Je me souviens juste du boucan que ça avait fait à cannes...

06/09/06 - 22:30

j'ai mis ton blog dans mes liens parce que je l'aime bien.

07/09/06 - 00:21

<Patrick : merci : heureux de savoir que des gens me lisent ...

07/09/06 - 06:35

oui et ces choses que tu aimes, je les aime aussi. sans doute, tes articles sur Friant y sont pour quelque chose, ayant pris un grand plaisir à visiter cette expo. Je crois que je retournerai et à Vic et peut-être aussi à Nancy lors de mon prochain voyage en Lorraine MAIS j'ai très envie -auusi- d'Epinal pour - me semble-t-il - son musée d'art moderne et pourquoi pas y retrouver de "fameuses images"

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13