J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

29/08/2006

29/08/06 - 21:39

AU LOUVRE, DIMANCHE MATIN (MICHEL-ANGE : LES ESCLAVES)



Devant l’Esclave mourant de Michel-Ange : un seul mot pour évoquer son attitude : l’alanguissement, c'est-à-dire le relâchement de la chair, ou l’abandon de tout contrôle de soi comme dans une faiblesse, une défaillance.
Le visage est d’une extrême tranquillité : les traits sont détendus, et pourraient caractériser l’endormissement, ou bien l’assouvissement du corps repu après l’amour.
Ou encore la peau détendue du visage d’un mort après les crispations de l’agonie, - quand on s’étonne que le visage du mort semble rajeuni.

Et cette puissante élégance des doigts de la main droite, qui exprime si fort l’invention créatrice de l’artiste ...





En contraste, le Captif - appelé aussi l’Esclave rebelle : exaltation de l’effort, tout le corps ramassé tordu (le fameux contraposto), muscles bandés comme pour s’extraire de la gangue informe du marbre, impression à quoi contribue le non finito du visage, - ainsi rude, tendu.



Dans la salle du Manège, je suis resté un moment devant le Jupiter de Versailles, gigantesque, dont le visage me semble d’une étonnante majesté.
Le buste en est découvert à Rome en 1525. Le pape Clément VII le fait placer dans sa résidence suburbaine, la villa Madama. Puis il l’offre au Conseiller et Garde des Sceaux de Charles Quint, le comtois Nicolas Perrenot de Granvelle qui l’installe dans son hôtel particulier de Besançon en 1546.
L’un de ses héritiers le donnera à Louis XIV en 1683.
Le roi chargera le sculpteur Jacques Drouilly de transformer le buste en terme par l’ajout d’une gaine drapée, avant que l’œuvre ne soit placée dans le bosquet du théâtre d’eau à Versailles.

J’admire l’extraordinaire sérénité du visage : ni gravité, ni véritable sourire, yeux immenses (clarté, intelligence), lèvres charnues entrouvertes (humanité), - une sorte de rayonnement tout intérieur manifesté puissamment par l’harmonieuse perfection des traits.

(P. S. : la photographie, hélas, bien que de bonne qualité, ne rend absolument pas la monumentalité de cette œuvre qui a 3,85 m de haut, - cette impression de majesté que donnent ce visage et ce buste gigantesques - quand on se trouve devant elle.)



Plus loin, dans la même salle, j’ai lu la notice du Vase Borghèse, (IIème siècle p. C.) découvert à Rome en 1569 dans les Jardins de l’historien Salluste, et entré en 1645 dans la collection Borghèse : « Héritier d’une forme de récipient connue de l’art grec dès le VIème siècle a. C., ce cratère en calice associe, sur un pied moderne, un fond sculpté de godrons, une vasque dont le profil concave est élancé, une lèvre évasée, décorée d’un motif de languettes. Godrons et languettes s’inspirent de modèles métalliques, comme le rinceau de vigne dont la faible saillie ondule dans le champ, au-dessus du fort relief des personnages sculptés sur la vasque. »
J’aime la précision descriptive et l’emploi des termes appropriés de cette notice, qui m’apprend à regarder, à détailler ce qui constitue l’art de cette œuvre, - et m’invite ainsi à en apprécier toute la beauté.

commentaires

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.

 

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13