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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

24/08/2006

24/08/06 - 21:42

« CEZANNE EN PROVENCE » A AIX (I)

Vu à Aix en juillet au Musée Granet (magnifiquement rénové) l’exposition « Cézanne en Provence ».

Celle-ci se propose de montrer les œuvres qui, tout au long de la vie du peintre, sont étroitement liées à la Provence - sa terre natale - à laquelle il était tout particulièrement attaché.

Les peintures et les aquarelles sont regroupées autour de six lieux qui vont du « Jas de Bouffan » (propriété acquise par le père de Cézanne, où furent exécutées les premières œuvres de l’artiste - notamment le portrait de son père - , et qui inspira de nombreux paysages) aux « Montagne sainte Victoire vue des Lauves » des dernières années de sa vie (1902-1906).

Je n’évoquerai que plusieurs des œuvres qui m’ont touché.

D’abord, dans la première section «Le Jas de Bouffan » : La route tournante en Provence (c. 1966 ; 92.4 x 72.5, Museum of Art, Montreal) qui met en avant un motif central dans l’œuvre de Cézanne : le pin.



Celui-ci apparaît légèrement décalé à droite mais un peu penché en sorte que la cime de l’arbre atteint presque le milieu de la largeur supérieure du tableau. Le sujet, la route « tournante », traitée avec des tons clairs (beiges rosés) est en contraste avec les couleurs sombres des arbres et des buissons, mais s’harmonise au bleu léger du ciel dans le quart supérieur du tableau.
Dans cette œuvre intéressante on remarque, outre l’influence de Courbet (que Cézanne a beaucoup admiré), la rigueur de composition qui le caractérisera avec une tendance à l’abstraction : ainsi la route est presque traitée en aplat, - la profondeur n’étant indiquée que par l’échelonnement des différents plans : celui du pin, puis, derrière lui, une pente de profil vert sombre devant le flanc vert plus clair d’une large montagne qui constitue l’arrière plan.)

Dans la section « Gardanne, Montbriand et Bellevue » se trouve une de mes œuvres préférées Le grand Pin (c. 1889 ; 85 x 92 ; Musée des Arts de Sao Paulo) qui montre comment un motif, le pin, devient le sujet même du tableau.



En bas, horizontalement, le sol est constitué d’une zone ocre, fragmentée (probablement un chemin) bordée par deux bandes irrégulières de vert.
Presque au milieu du tableau le pin se dresse dans un double élan contradictoire : l’arbre semble se cambrer alors que les branches (aux formes tordues complexes) résistent au mouvement uniforme du feuillage poussé par le vent vers la droite.

Au départ, Cézanne avait choisi un cadre serré où la cime du pin n’était pas représentée. Or il a ajouté en haut une première bande de toile horizontale pour que le pin soit montré en entier. Ensuite, il a ajouté au-dessus de la première une seconde bande pour que la cime de l’arbre se détache entièrement dans l’espace élargi du ciel, donnant ainsi une plus grande autonomie au pin, et davantage la sensation de l’espace dans lequel il se trouve intégré, et donc la sensation de la force du vent et de la plasticité de l’arbre.
Ainsi le tronc se détache sur le vert d’autres arbres plus petits, que les branches et le feuillage du grand pin dominent de leur puissante agitation.


commentaires

28/08/06 - 06:21

je suis très sensible au tout premier de tes choix comme aussi à ta lecture des deux peintures de Cézanne retenues ici.de mon côté, je suis bien incapable d'exprimer quoi que ce soit à la vue d'un tableau, répétant toujours les mêmes sentiments, les mêmes émotions mais croyant sincèrement aimer la peinture.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13