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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

12/08/2006

12/08/06 - 19:20

LIGIER RICHIER : LE « TRANSI » DE BAR-LE-DUC (MEUSE)



Cette statue surprenante de Ligier Richier est le monument funéraire de René de Chalon, prince d’Orange, mort le 15 juillet 1544 au siège de Saint Dizier, - où il soutenait Charles Quint contre François Ier.
Il était âgé de 25 ans.

Avant d’être rapatrié aux Pays-Bas, son corps avait été éviscéré : ainsi ses entrailles et son cœur furent inhumés à Bar-le Duc.

L’œuvre est connue sous plusieurs appellations : l’Ecorché, le Squelette, ou le Transi.
La première ne convient nullement : un écorché, en effet, représente un corps dont on a enlevé la peau, et qui montre à vif muscles, nerfs, réseaux sanguins, - comme l’Ecorché de Houdon, par exemple.
La deuxième non plus : ce n’est pas vraiment un squelette puisque de grands lambeaux de peau recouvrent encore les os.
La troisième est plus exacte : l’œuvre de Ligier Richier relève en effet de ce type de représentation, - mais le transi figure habituellement un cadavre couché, comme celui de François Ier ou celui de Henri II dans la basilique de Saint-Denis.

Ces hésitations quant au mot qui désigne cette œuvre montrent déjà son originalité, puisqu’elle ne correspond exactement à aucune de ses dénominations.

(Le terme qui lui correspondrait le mieux serait le Décharné : la chair en effet s’est entièrement décomposée, seule reste fragmentairement l’enveloppe de la peau qui se déchire, parfois rongée par les vers et laissant voir le squelette.)

L’oeuvre de Ligier Richier, très réaliste, manifeste des connaissances anatomiques précises de la part de son auteur.
Cependant, sa position debout et surtout son attitude lui donnent une dimension allégorique : le bras gauche dressé et les orbites tournées vers sa main qui serre son coeur, tandis que la droite est posée sur la poitrine, - le Transi paraît vivant, et semble incarner (si l’on peut dire) une idée.

Son geste triomphal montre emphatiquement le cœur - lequel peut symboliser le courage puisque aux XVIème et XVIIIème siècles les mots cœur et courage sont tout à fait équivalents.

Le Transi signifierait donc que le courage guerrier de René de Chalon au siège de Saint-Dizier lui a valu une gloire immortelle, par opposition au devenir de sa dépouille.

Ainsi avec son bras levé exaltant son cœur, le Transi du jeune prince est en fait une glorification de son courage lors du siège où il devait trouver la mort.

commentaires

12/08/06 - 20:08

Merci pour cette page Apax >:°

12/08/06 - 21:02

Bis repetita placent: gratias tibi.

13/08/06 - 00:26

C'est magnifique ! Merci beaucoup. :-)

13/08/06 - 00:30

C'était je crois l'usage sous l'Ancien Régime d'inhumer séparement le cadavre et le cœur des grands personnages, et surtout des hommes de guerre. La statue est parfaitement en situation pour un tel tombeau. C'est vraiment fascinant.
En voyant la photo, j'ai eu la vague sensation que j'avais déjà vu il y a longtemps une reproduction de cette scupture, mais j'avais oublié.

13/08/06 - 03:33

Très bien !

Mais, avait-il le coeur à droite ??

13/08/06 - 13:08

>petitjo : En effet, il faut le supposer : la main droite sur la poitrine doit cacher un méchant rafistolage, que la voracité des vers n'aura guère arrangé !

15/08/06 - 00:05

D'un point de vue purement linguistique, peut-on parler d'une allégorie ou d'une prosopopée sculptée ?

18/08/06 - 00:33

> willywalt : en rhétorique une prosopopée fait parler et tenir un discours à un absent ou à un mort, à une idée ...
Mais ici, le "Transi" ne développe pas de discours, c'est son attitude qui en condense l'idée.
C'est pourquoi il me semble qu'en sculpture on parle seulement d'allégorie ...

21/08/06 - 20:26

Edifiant, sublime.
Je ne connaissais pas, merci.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13