LIGIER RICHIER : LA MISE AU TOMBEAU
Vu dimanche dernier à Saint Mihiel (Meuse) les personnages de la Mise au Tombeau, en restauration depuis plusieurs années.

L’ensemble est dû au ciseau de Ligier Richier (c.1500-1567), probablement l’un des sculpteurs les plus remarquables de la Renaissance.
Les expressions des personnages y sont poignantes : le visage affaissé de Jésus mort, la détresse de Marie-Madeleine, qui, avec ses mains respectueusement prend les pieds du cadavre pour les baiser, la tête de Marie s’inclinant tandis que le reste du corps défaille et que la retient Jean. Le disciple bien-aimé a lui-même les traits marqués par l’affliction. Graves et désolés, - Joseph d’Arimathie le genou droit en terre, et Nicodème, debout et penché, soutiennent le corps.
Trois autres femmes sont là : l’une, à la coiffe délicate, soutient aussi la Mère de Jésus. Une autre, en retrait à gauche, étend d’un geste très réaliste le linceul qui recevra dans le tombeau le corps du Crucifié. A droite, une troisième, contemple avec douleur la couronne d’épine.
Derrière Joseph d’Arimathie, un ange au visage éploré porte les instruments de la Passion.
Tout à droite, est assis un soldat en armure, chargé de surveiller le tombeau. En retrait près de lui, deux autres, indifférents à la scène et grimaçant, jouent aux dés sur un tambour.
Certains détails sont remarquables : les turbans de Joseph d’Arimathie et de Nicodème évoquent de riches notables orientaux. Le costume du soldat tout à droite rappelle celui des statues de soldats romains. Mais c’est dans la figure de Marie-Madeleine qu’éclate la virtuosité du sculpteur : la longue chevelure bouclée entrelacée d’un ruban, les somptueuses manches à crevés de sa robe suggèrent l’élégance de la courtisane.
Ce qui m’a frappé enfin, c’est la retenue dans l’expression de la douleur. Aucune emphase comme on en trouve dans la sculpture baroque : cette retenue caractérise le classicisme de la statuaire antique que les artistes découvrent à la Renaissance.
Ligier Richier fait partie de ceux-ci, et sa mise en scène, - sobre quant aux protagonistes, réaliste au second plan, - l’harmonieuse variété qu’il donne aux expressions de la douleur devant la mort, montrent sa profonde connaissance du cœur humain et son extraordinaire talent de sculpteur digne de Michel-Ange.
11/08/06 - 22:39
c'est une merveille
loup03