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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

29/07/2006

29/07/06 - 23:18

CEZANNE (1839-1906) : LE VASE BLEU









Enfant, je découpais dans l’Echo de la Mode acheté chaque semaine par ma grand-mère et gardais les reproductions de tableaux qui accompagnaient les courtes biographies de grands peintres. J’avais épinglé sur la tapisserie de ma chambre Le Vase bleu de Cézanne, l’un de mes préférés.

J’avais tout de suite aimé la subtilité de cette peinture, les contours indéfinis des pommes, de l’assiette, l’asymétrie de sa composition légèrement déséquilibrée, cette harmonie des couleurs que produisent le vase en verre bleu (dont le bleu « contamine » un pan de mur), les trois pommes où se mêlent le jaune, l’orange, et le rouge, - et les notes de rouge et de violet des fleurs.

J’avais remarqué (et m’étonnais de ne pas en être gêné) que celles-ci ne peuvent être identifiées, sauf ce qui peut être des iris en haut.

Et maintenant, j’y vois toute la différence avec les peintres « naturalistes » comme Emile Friand, qui, en voulant concurrencer la photographie, s’attachent au circonstanciel, à l’anecdotique. Surtout, ils ne savent pas que leur vision est tributaire de « normes » qu’on pourrait dire « académiques », - les valeurs artistiques enseignées aux Beaux-Arts. Leur regard est « intellectualisé » par une manière de voir normée, - le conformisme du regard « normal » de l’époque, que ces peintres ont assimilé avec l’enseignement des Beaux-Arts.

Cézanne, lui, a préféré la « sensation » au regard normé. Il s’est émancipé par rapport aux cours qu’il a suivis à l’Académie suisse. Il veut être fidèle à ce qu’il éprouve, et cette sensation combine autant l’expérience sensible des formes et des couleurs que la réflexion sur ce qu’il est en train de faire : c’est ainsi qu’il prend des libertés avec la réalité « photographique ».

Après les « leçons » de Pissaro, qui aura joué pendant quelques mois autant le rôle d’un maître qu’il aura été un ami, Cézanne suivra sa route solitairement, fidèle à lui-même, c'est-à-dire à cette sensation du beau qu’il « découvre » et transcende dans son travail de la peinture.


commentaires

03/08/06 - 07:57

content de voir un regard honnete sur la peinture. Ca sort du discours habituel de ceux qui vocifère contre l'art qui ne leur donnerait plus une vision du.."réel"...ben y a la photographie maintenant...mais en art non plus la photographie ne montre pas le "réel"...sans doute parceque l'art ne se limite pas a une technique, mais la ça depasse l'entendement du badot qui sort juste de chrez disneyland paris...

07/08/06 - 01:15

C'est bien de parler de ça...De rentrer dans le tableau, dans son oeil et le tien, dans ton souvenir. Le tableau est beau...

08/08/06 - 00:32

Merci, Abend, dont le pseudo m'évoque l'atmosphère attendrissante de nombreux lieder.

09/08/06 - 00:43

Tiens tu es le seul à avoir pensé à cela. D'autres n'y ont vu que tristesse ou goût pour l'Allemagne. Oui la nuit, je me connecte plus, et c'est aussi le moment où l'on écoute mieux les choses douces. Dont les lieders, oui.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13