J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

02/06/2006

02/06/06 - 21:46

PERE, FILS, UN FILM DE SOKOUROV



Un fim qui m’avait singulièrement touché il y a deux ans : Père, filsde Sokourov.
Pendant le générique sur fond noir, on entend comme des chuchotements, une respiration précipitée, des souffles, et le premier plan montre dans une pénombre rouge orangé des têtes, des bras qui s’étreignent. Un homme enfonce sa tête contre le torse d’un autre. Les premières paroles font comprendre qu’il s’agit d’un homme apaisant son fils empêtré dans les affres d’un cauchemar. Les visages filmés sont d’une rare beauté : un léger sourire éclairant leur gravité, seule expression d’un secret qu’on ne peut formuler. Un sentiment d’amour extraordinaire (qui me semble tenir aussi de celui qui lie deux amants) se lit sur les visages des deux hommes.
La gravité du père est un tendre sourire silencieux, - force physique, musculature, torse puissant, et un regard parmi les plus beaux qui m’ait été donné de voir au cinéma : je ne sais quoi de charnel absolument chaleureux est entièrement donné au fils. Ce film m’a troublé. Il parle d’homosexualité, je pense, mais d’une manière étrange. Ou du moins, il montre que ce désir du père pour le fils (différent du désir du fils pour le père) reste interdit, c’est à dire tabou et indicible, et quelque chose se trouve transcendé à la fin.
Les deux derniers plans qui font écho aux premiers représentent alternativement le père dans son lit, enfouissant son nez et son visage dans son oreiller, et le fils dans le sien, pelotonnant son visage contre son oreiller, - et m’évoquent l’acceptation définitive de leur séparation mais aussi de leur amour, car les deux visages, qui peu à peu s’immobilisent au bord de l’endormissement, semblent avoir retrouvé le visage de l’autre pour s’y unir : un vague sourire sur celui du père suggère peut-être l’apaisement du désir (mais peut-être qu’il n’y a jamais eu de désir, - sinon un désir de communion avec le fils).
Le récit est ténu (il n’y a que des bribes d’histoires) mais la mise en scène montre avec une vive sensibilité ces deux corps d’homme dont les espaces sont confondus (jusqu’à la décision finale, quand la séparation du père et du fils est acceptée).
Je crois que ce film parle d’une certaine manière de mon histoire, du lien que j’ai rêvé d’avoir avec mon père lorsque j’étais enfant.
Oui, adolescent, j’aurais voulu avoir un père qui m’eût caressé et sur le torse duquel j’aurais pu m’endormir.

commentaires

02/06/06 - 22:13

Père, fils....

Sentiment merveilleux le Père qui rassure le fils et le fils qui se laisse enfin aimer par le Père. Ce père je l'écris avec un grand 'P'

Je voudrais voir ce film qui pourrait aussi me raconter ma propre histoire ....

Mais peut-être mon père que je n'ai pas bien connu, je suis en train de le retrouver.

Oui je le sais par l'instinct mon père n'est pas 'mécréant' parce que je l'aime.

06/07/06 - 08:55

petit chef d'oeuvre, les images de ce film sont encore dans ma mémoire, je me souviens avoir fait un montage d'extrait répétitif c'était très excitant, film à voir et revoir absoluement.

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.

 

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13