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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

29/05/2006

29/05/06 - 21:43

G. DE LA TOUR : JOB RAILLE PAR SA FEMME (GLOSE)

J’ai désiré écrire un texte sur le tableau de G. de La Tour, « Job raillé par sa femme », suite à l’étude d’un extrait des Carnets d’Hypnos de René Char, écrit en 1943/44, dans lequel il évoque ce tableau qu’il connaissait alors sous le titre « Le Prisonnier » et dont il avait piqué sur le mur de chaux de la pièce où il travaillait une reproduction. L’auteur (à ce moment là chef dans la Résistance) achevait son texte par ce paragraphe : Reconnaissance à Georges de La Tour qui maîtrisa les ténèbres hitlériennes avec un dialogue d’êtres humains.

J’ai déjà vu plusieurs fois ce tableau, - à Epinal notamment, où il se trouve. Et j’ai toujours été ébloui par l'ardent clair obscur de la bougie qui éclaire et fait rougeoyer la robe de la femme (comme dans la Nativité de Rennes).

J’avais trouvé touchante l’interprétation de René Char (qui fait de cette femme un symbole de la libération espérée par les Résistants) bien qu’elle fût erronée puisque le sujet de la peinture est , - maintenant on en est à peu près certain - Job raillé.

Mais à y regarder de près, le visage de la femme paraît moins acariâtre que pourrait le laisser accroire le titre. Il est possible que l’usure de la surface picturale (en effet considérable) ait atténué l’âpreté de l’expression de la femme. Georges de La Tour, même s’il semble avoir eu une personnalité très indépendante, ne réinterprète pas d’habitude les sujets qu’il traite : ses figures sont plutôt conformes à l’iconographie du temps.

Cela dit, je n’ai pu m’empêcher de voir dans ce visage penché et comme étonné un début de compassion. La misère de cet homme est trop grande pour le laisser dans l’abandon, sa déchéance trop dure, sa maigreur trop flétrie pour être raillées …



Alors j’ai imaginé que devant cet homme réduit à rien, mais si ferme dans sa foi, la femme (comme si s’opérait en elle une sorte de conversion) était désarmée par sa force et son dénuement, et en restait soudain saisie.

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13