J'écoute : Elisabeth Grûmmer (Merci Hercule!)
Je regarde : souvent une photo
Je lis : "Tissé par mille" de Camille Laurens
Je joue : non
Je mange : oui, bien sûr
Je bois : de l'eau, du thé, du vin, du Martini (rouge ou blanc)
Je cite : pas
Je pense : aux uns, aux autres
Je rêve : oui
(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

26/04/2006

26/04/06 - 21:49

MOMENTA (VENISE, ENCORE ET ENCORE)

Arriver à Venise par la lagune - de Punta Sabbioni, par exemple. Après s’être arrêté à Lido, le ferry repart en direction de la ville, qui apparaît, posée à la surface de l’eau.

On aperçoit d’abord le haut campanile, puis un long bâtiment rose et blanc dont le niveau inférieur est tout ajouré, - le Palais des doges.



Nous traversions la Place Saint-Marc parmi les incontournables envols de pigeons, qui provoquent toujours les mêmes cris hyperboliquement emplis d’effroi, nous dirigeant vers San Stefano, où dans une boutique dont les mannequins sont des têtes de doges, nous avions vu une sorte d’adam un peu fade (comme il doit y en avoir dans les bibles américaines) portant un super slip, en brocard rebrodé de paillettes. Quelques filles se faisaient photographier devant la devanture, la main droite ou gauche levée comme si elles soupesaient en connaisseuses la rondeur rebondie du luxueux slip. Rires joyeux des uns et des autres.

Je marchais dans Cannaregio. L’endroit à l’écart avait des airs villageois comme en a vu et peint dans ses tableaux Canaletto. De fugitifs lambeaux d’embruns voletaient en s’évaporant, le ciel se voilait légèrement, la lumière en était plus douce. La place retentissant de leurs cris, des gamins jouaient au ballon devant l’église.

Au premier étage de l’A., le grand salon traversait toute la profondeur de la « maison ». Ses deux vastes baies restaient grandes ouvertes le soir en sorte qu’un léger courant d’air passait par moments, gonflant au passage les amples voilages, - et la pénombre silencieuse reposait de la brûlante chaleur du jour.

A la C. on prenait le petit-déjeuner dehors sur un ponton amarré au quai, presque en face du Rédempteur. Dans l’espace lumineux, aéré du canal, des goélands criards virevoltaient. (J’appris plus tard que Sollers venait tous les ans dans cet hôtel).

Un jour de fête, un dimanche matin à Venise ! L’air azuré tout retentissant de joyeux carillons !

La splendeur intérieure de Saint Marc - le scintillement d’or des mosaïques … J’ai tout de suite aimé cet enregistrement des Vêpres de la Vierge dirigé par Gardiner dans la basilique. Les voix du Magnificat s’envolent à travers l’espace doré : voix planante et sublime de la soprane dans la monodie de l’Anima mea, voix jaillissante des deux ténors de l’Et exultavit. Joie exaltée de Venise.

Dans les tableaux de Giovanni Bellini ou de Cima da Conegliano, je contemplais cette clarté printanière baignant les paysages, épaulements de collines bleuissant au loin, large vallée verdoyante où serpentent les méandres d’un fleuve, toute la lumineuse alchimie de cet air limpide et rafraîchi sans cesse par les souffles de la mer qu’en sortant je respirerais.

Et puis, tandis qu’on démarrait du quai des Esclavons, soudain tous ces bateaux qui convergeaient vers le bassin de Saint Marc, élégants voiliers penchés sur la vague, hors bords bondissant, vieux rafiots rouillés décorés de branches et de fleurs (et sur le pont on buvait le champagne, saluant les voyageurs), luxueuses vedettes où bronzaient quelques stars cheveux aux vents, vaporetti ornés de guirlandes où déjà l’on fêtait bruyamment, petits canots pneumatiques essoufflés et pressés, - ils arrivaient tous pour la Fête du Rédempteur le lendemain, (et toute la nuit ils festoieraient), - et nous, nous repartions vers Punta Sabbioni …


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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13