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(mis à jour samedi 5 avril 2008 à 23:59)

11/03/2006

11/03/06 - 00:16

EXPOSITION INGRES, AU LOUVRE.

vu samedi 25 février de 19 heures à 21 heures environ l’Exposition Ingres au Louvre, dans d’excellentes conditions : deux ou trois personnes déambulent dans chaque salle, vous pouvez vous approcher des tableaux, vous reculer, avoir une vue d’ensemble de l’accrochage, comparer à distance …



d’abord accueilli par « Jupiter et Thétis », une hénaurme machine (327 x 260) de 1811 : Thétis manifestement a le bras long, et le cou aussi, - tout gorgé de volupté désirée, sa supplication doit être gutturale. Zeus montre largement son divin torse (peu « buildé »), - a l’air si concentré qu’il louche presque, - regard fixe sous d’ombrageux sourcils. C’est un Zeus frontal. Les bras sont écartés, - l’avant-bras droit, levé, tient dressé son sceptre, le gauche repose sur une nuée.

« La Grande Baigneuse ou Baigneuse Valpinçon » (du nom de son premier propriétaire), - même pour un amateur d’hommes, est d’une impeccable beauté. Ce dos couleur d’ambre, posé sur un matelas drapé de blancs soyeux, est une merveille de grâce et de solidité, avec sa torsion de la tête en profil perdu, coiffée d’un riche turban blanc aux rayures rouge corail…



L’étude pour Angélique montre qu’Ingres est un peintre sensuel. La jeune femme toute nue est debout, les poignets liés doivent être attachés à un roc. Sa tête est renversée en arrière, les yeux chavirés vers son sauveur, la bouche relâchée, lèvres entrouvertes, le cou est encore plus rengorgé que celui de Thétis, - les pointes des seins sont toutes durcies, les cuisses se serrent, enferment la fente visible (mais invisible dans l’œuvre achevée) : tout cela montre qu’Angélique attachée est au supplice, et quel supplice ! Est-ce l’apparition de Roger montant un hippogriffe qui suscite ce supplice ?

Les portraits sont tous très réussis, somptueux. Ils reflètent la société de leur temps.
Plusieurs hommes sont peints à l’extérieur ; l’apparent réalisme des visages se détache sur un ciel orageux très romantique.



Les femmes sont magnifiques. Mme de Senonnes (qui a des airs d’Adjani, la moue en moins) est un peu penchée en avant, émergeant d’une robe de velours d’un rouge sombre ; elle étale en partie sa collection de bagues, trois à l’index, trois à l’annulaire de la main droite, une seule au majeur ; et pareillement à l’autre main sauf au majeur, nu (on n'ose se demander pourquoi ...); deux chaînes d’or pendent autour du cou, glissent sur les seins, retenant pour l’une une breloque (une sorte de petit diabolo), pour l’autre une croix orfévrée, à proximité d’un bijou orné d’une grosse pierre verte. Elle porte aux oreilles des pendentifs où brillent des rubis.

Comme pour Mme de Senonnes, Ingres fait poser Mme d’Haussonville et Mme Moitessier (assise) devant un miroir offrant ainsi une deuxième image du modèle, - les épaules et la nuque, et ce sont de beaux morceaux. Mme Moitessier (debout) présente aussi une collection de lourds bijoux : l’œil suppute aisément le poids d’or des bracelets - notamment celui du poignet gauche, d’où pendent monnaies d’or et pierres précieuses.
Les aristocrates semblent plus sobres quant aux breloques : Mme de Rothschild brille par les diverses étoffes somptueuses de sa vaste robe dont le buste semble émerger avec grâce. La coiffe est originale : deux plumes blanches d’autruche (que réunit un bijou posé au sommet du front) retombent en couronne autour de la tête.



Mais les portraits les plus beaux sont ceux de M. Bertin et de Ferdinand Philippe d’Orléans (fils de Louis Philippe).
Le premier peint la magnificence toute matérialiste du puissant directeur du Journal des Débats - la tête enfoncée dans les épaules, doigts posés à l’intérieur des cuisses écartées pour positionner confortablement le ventre. Il est l’image même de la réussite, assise, celle qui a du poids dans les affaires. Le second (auquel va ma préférence) représente de face le jeune Prince à l’âge de trente deux ans. Sa pose est d’une extrême noblesse, debout, très droit, l’épaule droite légèrement avancée faisant tourner le buste. La taille est svelte. L’attitude est d’une rare élégance, le bras droit se replie pour soutenir son bicorne noir, la main tenant son gant. L’autre bras redescend, dessine une courbe ; la main gauche gantée est posée sur la garde d’une épée qu’on ne voit pas. Le haut de l’habit noir est rehaussé par l’or des épaulettes, l’or des boutons ronds, l’or des passements du bicorne. Le pantalon est d’un rouge garance magnifique, - que rappelle le ruban des croix décorant le haut de l’habit. Le visage (grands yeux clairs, long nez droit, lèvres charnues) respire l’autorité et la douceur. Ce prince charmant devait mourir quelques mois plus tard dans un accident de voiture, suscitant les commandes de plusieurs copies et répliques de ce portrait.

On ne dira rien de la peinture d’histoire, ni de la peinture religieuse : elles sont fades et m’ennuient.

L’exposition s’achève avec les dernières toiles d’Ingres. Entre autres on trouve côte à côte les deux versions d’ « Œdipe et le Sphinx », celle de 1808 et celle de 1864 qui reprend la composition en l’inversant et en modifiant quelques détails. Curieusement Œdipe a un visage plus tourmenté, comme si ayant résolu l’énigme du Sphinx, il devinait la suite de l’histoire.
J’ai déjà décrit la première version, confrontée à un tableau de Francis Bacon intitulé « Œdipe et le Sphinx, d’après Ingres » dans un article posté le 30 novembre 2005.



Enfin « Le bain turc » pourrait s’appeler « L’Empire de la volupté ».
C’est un étalage de corps alanguis, de chairs repues, de torses qui se cabrent ou se lovent, couvant quelque énorme orgie. Et dans cet amas voluptueux, on retrouve le dos superbe de la grande Baigneuse, jouant de quelque luth, - et se détachent, au premier plan à droite, un torse lascif, cuisses serrées, seins lourds, bras rejetés derrière la tête abandonnée, - et presque au centre, une jeune femme au visage de profil, aux cheveux humides qu'une autre debout derrière soulève d'une main, de l'autre agitant un encensoir pour les sécher et les parfumer.

« Là tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »


Ces vers de Baudelaire pourraient aussi bien résumer cette exposition.

commentaires

17/03/06 - 11:09

Ingres, dans ses sujets mythologiques, me fait penser à Moreau...
En même temps, mon avis, on s'en cogne, non ? :)

J*

17/03/06 - 22:10

N'impe ! ;-)

C'est vrai, Moreau a peint un "Jupiter et Sémélé" qui évoque dans un style ornemental le "Jupiter et Thétis" d'Ingres , ainsi qu'un Oedipe et le Sphinx, où ce dernier, s'agrippe curieusement au torse du héros dans ce qui ressemble à une étreinte cruelle .

19/03/06 - 11:48

Bah alors pas n'impe ! :-P

J*

19/03/06 - 23:36

Comme vous ressemblez à Einstein quand vous me tirez la langue, - la blancheur capillaire en moins, of course !

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Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi.
Montaigne, Essais, III, 13